«J’avais le projet de faire un point de vente de cocaïne»... Le «Jawad Comedy Club» se poursuit devant le tribunal

PROCÈS Accusé d’avoir hébergé les terroristes du 13-Novembre, Jawad Bendaoud est jugé, depuis mercredi, devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris…

Vincent Vantighem

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Jawad Bendaoud est jugé pour recel de malfaiteurs terroristes par le tribunal correctionnel de Paris.
Jawad Bendaoud est jugé pour recel de malfaiteurs terroristes par le tribunal correctionnel de Paris. — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Jawad Bendaoud est jugé pour « recel de malfaiteurs terroristes ».
  • Il assure qu’il ne savait pas qu’il s’agissait de terroristes.
  • Vendredi, il a été soumis aux questions des avocats.
  • Son procès doit durer jusqu’au 14 février.

Jawad Bendaoud est sans doute le prévenu réclamant le droit au silence le plus bavard que la justice n’a jamais eu à juger. Une question de tempérament. « Calme comme une bombe », de son propre aveu, « il explose » dès qu’on le « touche ». Et vendredi, les avocats des parties civiles se sont justement relayés, toute la journée, à la barre de la 16e chambre correctionnelle du tribunal de Paris pour tenter de le « toucher » au sujet des terroristes du 13-Novembre qu’il est accusé d’avoir hébergés.

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Le premier est Georges Holleaux, avocat de plusieurs victimes des attentats. A sa question un peu perfide, il n’obtient pour réponse qu’une bordée d’insultes. « Voleur de mobylette. » « Avocat de merde. » « Vieux Monsieur. » Les menaces suivent immédiatement. Rendez-vous est pris pour s’expliquer « d’homme à homme » une fois que Jawad Bendaoud sera « dehors ».

 

 

Les testicules de Jawad « dans une barquette »

Une heure de suspension d’audience plus tard, le calme est revenu. Isabelle Prévost-Desprez, la présidente du tribunal, frappe les trois coups. La représentation reprend. Jawad Bendaoud se remet à vociférer, à grogner. Il enlève sa veste de survêtement jaune fluo aux couleurs du club de foot de Dortmund (Allemagne). Lève les bras. La remet.

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Les formules ont changé par rapport à la veille. Cette fois, le « logeur de Daesh », comme il se surnomme lui-même, parle de ses « testicules dans une barquette », d’une « baleine dans une piscine », de « kangourous » qu’il a insultés et des « Granolas et chips cacahuètes/Curly » que ses enfants affectionnent. En parlant de ça, il propose justement d’amener son fils de 8 ans dans le box afin qu’il « jure sur sa tête » qu’il ne savait pas qu’il planquait Abdelhamid Abaaoud lors de sa cavale post-Bataclan.

Un SMS qui dit « Terroristes chez toi maison »

Au fond, le spectacle ressemble beaucoup à celui donné jeudi par le même acteur. Le trentenaire martèle avoir découvert le profil de ses locataires le matin où le Raid intervenait pour les en déloger. « En me réveillant, j’avais 50 appels en absence et 40 textos, explique-t-il. Le premier SMS disait "terroristes chez toi maison"…C’est là que j’ai compris. »

Et il n’y a pas grand-chose dans le dossier qui prouve, sans contestation aucune, le contraire. Il y a bien ces trois minutes passées, la veille, au téléphone avec Hasna, la cousine d’Abaaoud. Mais faute d’écoutes, impossible de savoir ce qu’ils se sont dit. Il y a aussi son ADN retrouvé sur un bout de scotch ayant servi à renforcer les ceintures d’explosifs. Mais Jawad Bendaoud prétend qu’il avait manipulé le rouleau avant leur arrivée et l’avait laissé sur place…

Ouverture du procès de Jawad Bendaoud, de Mohamed Soumah et de Youssef Aïtboulahcen à Paris le 24 janvier 2018.
Ouverture du procès de Jawad Bendaoud, de Mohamed Soumah et de Youssef Aïtboulahcen à Paris le 24 janvier 2018. - Philippe LOPEZ / AFP


En galère pour trouver un associé pour vendre de la cocaïne

Surtout, risée d’Internet depuis son arrestation sur BFM TV, le prévenu semble être parvenu à ériger, malgré lui, sa bêtise en argument de défense convaincant. Quand on lui demande comment le croire. Il répond : « Je suis fini. Fini ! Que je mente ou pas, c’est fini. Qu’est ce que je vais faire en sortant [de prison] ? J’avais le projet de faire un nouveau point de vente de cocaïne. Qui va vouloir s’associer avec moi, maintenant ? »

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C’est aussi pour ça que Jawad Bendaoud refuse de rendre hommage aux victimes des attentats. « J’ai du respect pour elles, attention ! Mais j’ai déjà un mort sur la conscience [pour lequel il a été condamné en 2008]. Je veux pas en rajouter 130. J’y suis pour rien, moi ! »

En fauteuil roulant depuis les explosions au stade de France, Bilal Mokono ne peut s’empêcher de sourire devant la salle d’audience. « Depuis mercredi, je n’arrivais pas à savoir si Jawad est un imbécile ou un terroriste. Ça y est, j’ai décidé : c’est un vrai imbécile ! » Un imbécile qui encourt une peine de six ans de prison.

Retrouvez le Live-Tweet complet de l’audience sur le compte de notre journaliste : @vvantighem