Procès de Jawad Bendaoud: Youssef, un «soldat de Daesh» ou un gamin à la famille trop encombrante?

PROCÈS Jugé pour non-dénonciation de crime, Youssef Aït Boulahcen a tenté de se justifier, mercredi, au premier jour du procès de Jawad Bendaoud, le « logeur de Daesh »… 

Vincent Vantighem

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Ouverture du procès de Jawad Bendaoud, de Mohamed Soumah et de Youssef Aïtboulahcen à Paris le 24 janvier 2018. Lancer le diaporama
Ouverture du procès de Jawad Bendaoud, de Mohamed Soumah et de Youssef Aïtboulahcen à Paris le 24 janvier 2018. — Philippe LOPEZ / AFP
  • Le procès de Jawad Bendaoud s’est ouvert mercredi.
  • Youssef Aït Boulahcen est jugé, à ses côtés, pour non-dénonciation.
  • Mercredi, il est le premier à avoir dû se justifier.

Youssef a changé de nom de famille. Il ne veut plus du « Aït Boulahcen » dont on a tant parlé après les attentats du 13-Novembre. C’était son « patronyme », comme il dit. Surtout celui de sa sœur, Hasna, morte dans l’assaut de Saint-Denis, le 18 novembre 2015, après avoir aidé Abdelhamid Abaaoud à se planquer juste après avoir ensanglanté la France. Le terroriste était leur cousin.

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« On ne choisit pas sa famille… », a donc commencé par se justifier, mercredi, le jeune homme de 25 ans à la barre de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris où il est jugé avec Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah. Il a raison. Il ne comparaît pas aujourd’hui pour ses liens filiaux mais pour non-dénonciation de crime terroriste. L’accusation pense qu’il était au courant que sa sœur aidait Abaaoud dans sa cavale mortifère.

Une centaine de coups de fil entre le 13 et le 18 novembre

 

Pendant trois heures à la barre, celui qui se présente aujourd’hui comme un ambulancier en formation a donc tenté de rejeter le plus loin possible l’influence de sa sœur. « Une personne psychologiquement instable », décrit-il. Attachée à enfiler chaque jour une burqa mais accro au cannabis, à la cocaïne et à l’alcool.

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Le problème, c’est qu’il a échangé plus d’une centaine de coups de fil avec elle entre les attentats du 13 novembre 2015 et l’intervention du Raid à Saint-Denis, le 18. « Elle me harcelait de messages », se défend-il. A chaque fois, pour trouver un logement pour héberger une personne. Qui ? « Elle parlait parfois de cousin, cousine, de réfugié, d’un ami d’un cousin… Je n’ai jamais eu la certitude qu’Abaaoud était sur le territoire français. Je ne la croyais pas… », lâche-t-il parlant même pour cela de la solidité des accords de Schengen.

« Youssef, il a le parcours du parfait djihadiste »

Youssef, un prévenu à la famille trop encombrante ? L’accusation en doute. S’il n’a rien à se reprocher, pourquoi a-t-il jeté une puce de téléphone dans les toilettes et effacé certains messages ? Pourquoi aussi avait-il sur son ordinateur des fichiers de propagande de Daesh ? « Pour moi, certaines choses ont une mission d’information », a-t-il répondu. « Même quand on entend le bruit des armes automatiques », lui répond sèchement Isabelle Prévost-Desprez, la présidente du tribunal.

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Youssef sait bien que le dossier ne plaide pas pour lui. Car il y a aussi les retranscriptions d’écoutes téléphoniques. Celle où il vantait le fait que « Daesh coupe le ‘zgueg’des homosexuels », par exemple. Celle aussi où ses copains le surnommaient « le soldat de Daesh »…

« Je sais bien que beaucoup d’entre vous pensent : ‘Youssef, il a le parcours du parfait djihadiste, il pratique la dissimulation. Mais moi, je sais qui je suis. » Le tribunal a jusqu’au 14 février pour tenter de le savoir véritablement. Agé de 25 ans aujourd’hui, il encourt une peine de cinq ans de prison.

Suivez le procès en direct sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem