Procès de Jawad Bendaoud: «Je veux qu’il me regarde dans les yeux!», martèle une victime en fauteuil roulant

TERRORISME Le procès du « logeur de Daesh » s’est ouvert, mercredi, au tribunal correctionnel de Paris…

Vincent Vantighem

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Jawad Bendaoud au premier jour de son procès pour "recel de malfaiteurs", le 24 janvier 2018. Lancer le diaporama
Jawad Bendaoud au premier jour de son procès pour "recel de malfaiteurs", le 24 janvier 2018. — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Jawad Bendaoud est jugé pour recel de malfaiteurs.
  • Il est accusé d’avoir hébergé deux terroristes du 13-Novembre.
  • Au moins 500 victimes veulent se constituer partie civile.
  • Deux autres prévenus sont jugés avec lui jusqu’au 14 février.

Qu’il y ait des robes noires d’avocat dans une salle d’audience est logique. Qu’il n’y ait que des robes noires d’avocat dans une salle d’audience est impressionnant. Ils étaient près de 80 à occuper, mercredi, tous les rangs de la 16e chambre correctionnelle du tribunal de Paris pour représenter les parties civiles au procès de Jawad Bendaoud et de deux autres prévenus.

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Ce n’est pas que la 16e chambre est trop petite. C’est surtout que les attentats du 13-Novembre ont fait trop de victimes. Au moins 500 d’entre elles souhaitent réclamer des comptes au « logeur de Daesh ». Elles ont donc été obligées de se déporter dans la salle des pas perdus pour suivre l’audience à travers un écran de retransmission spécialement installé, elles ont donc laissé leurs conseils les représenter à l’audience.

 

La risée d’Internet a pris du poids

Cloué sur un fauteuil roulant depuis les explosions au stade de France, Bilal Mokono est la seule victime à avoir pu entrer dans le prétoire. Comment lui en refuser l’accès quand il justifie sa présence ainsi : « Je veux que [Jawad Bendaoud] me regarde dans les yeux, qu’il assume. On veut qu’il sache dans quelle difficulté il nous a mis. J’espère des excuses, c’est la moindre des choses. »

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Elles ne sont pas venues au premier jour de ce procès qui doit durer trois semaines. Risée d’Internet depuis l’interview qu’il a donnée à BFM le jour de l’assaut à Saint-Denis, le prévenu s’est contenté d’enlever sa veste laissant apparaître un ventre bien rebondi et de décliner son identité, « Bendaoud Jawad », d’une voix forte quand Isabelle Prévost-Desprez la lui a demandée.

La présidente du tribunal a ensuite détaillé, minute par minute, et avec une précision implacable, les raisons pour lesquelles il comparaît. « Le 13 novembre 2015, en soirée, dix terroristes, arrivés la veille de Belgique, ont perpétré une série d’attentats à Paris et à Saint-Denis faisant 130 morts… », a-t-elle attaqué.

Un « terroriste » ou un diable qui « fume du shit »

Âgé de 31 ans aujourd’hui, Jawad Bendaoud risque six ans de prison pour en avoir hébergé deux, dans un squat de Saint-Denis, lors de leur cavale. Dès l’ouverture de l’audience, l’avocat Georges Holleaux a réclamé que les faits soient requalifiés. Débat technique, il s’agit de savoir si Jawad Bendaoud est « un homme » qui savait qu’il hébergeait des terroristes ou « un terroriste », lui-même, qui savait qu’il hébergeait des complices. Auquel cas, il risquerait alors 12 ans de prison.

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La question sera tranchée à la fin du procès. Mais le Parquet a, lui, déjà donné sa position en indiquant qu’à ses yeux, « M. Bendaoud n’est pas un terroriste ». Comme la présidente l’a rappelé, ce père de deux enfants s’est toujours défendu, lors de l’instruction, de toute idéologie djihadiste en avançant qu’il « fumait du shit » et « avait des posters de cul » aux murs de sa cellule de prison. Même que, pour cette raison, on le surnommait « 666 », en référence au diable. Un diable qui devrait commencer à rendre des comptes jeudi, quand son interrogatoire doit débuter.

Suivez la suite du procès sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem