La séquence est particulièrement frappante et offre un éclairage nouveau sur le sort réservé aux djihadistes français interpellés par les forces kurdes en Irak et en Syrie. Une équipe de France 2 a filmé un échange entre un Français capturé après être parti rejoindre l’organisation terroriste Etat islamique et son geôlier, également Français, qui combat auprès des Kurdes.

Yassine, un prénom d’emprunt, a 30 ans et est originaire de Lunel, dans le Sud de la France. Pendant l’interview, le jeune homme assure être venu en Syrie chercher son petit frère. « Je suis venu sans idéal, je ne connaissais aucune sourate », confie-t-il au journaliste. Pourtant, plusieurs photos de lui postées sur les réseaux sociaux le montre posant, tout sourire, les armes en main. Un journaliste du Point, auteur d’une enquête sur la djihadosphère de Lunel, Le Chaudron Français (édition Grasset), assure également sur Twitter que le djihadiste l’a menacé de l’« égorger avec le sourire » lorsqu’il l’a contacté.

«Ils m’ont dit que je finissais les interrogatoires et que je rentrais chez moi»

Depuis la chute de l’organisation terroriste, une quarantaine de Français auraient été arrêtés, principalement par des combattants kurdes. Parmi eux, quelques figures connues de la nébuleuse djihadiste : Thomas Barnouin, vétéran du djihad dans la région toulousaine ou Emilie König, soupçonnée d’être une recruteuse particulièrement active sur les réseaux sociaux. Cette dernière, comme plusieurs autres djihadistes présumés capturés, a demandé à être rapatriée pour être jugée en France. Le gouvernement a fait savoir qu’il procéderait à une politique de rapatriement au cas par cas mais ne s’opposait pas à ce qu’ils soient traduits en justice par les Kurdes si leurs droits sont respectés.

Yassine aussi espère être jugé en France. « Je veux retourner chez moi. Ils m’ont dit que je finissais les interrogatoires et que je rentrais chez moi. » Mais pendant l’interview, son geôlier, un Français engagé dans les forces kurdes l’interrompt. «Tu penses que ça va être aussi facile que ça de rentrer chez toi après avoir été avec l’État islamique ? Avoir vu des gens se faire décapiter et ne pas avoir réagi ?», lance le membre des forces kurdes. «Tu crois vraiment que les gens vont te laisser partir comme ça sans avoir rien fait ?»