Procès de la «Veuve noire» de la Côte d'Azur: Patricia Dagorn condamnée à 22 ans de prison

CONDAMNATION Son avocat a dénoncé un manque de preuves et a plaidé l’acquittement comme une certaine Marie Besnard en son temps…

L.Gam. avec AFP

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Patricia Dagorn, surnommée la Veuve noire, a été condamnée à 22 ans de prison.
Patricia Dagorn, surnommée la Veuve noire, a été condamnée à 22 ans de prison. — AFP

Ses avocats n’ont pas cessé de dénoncer un manque de preuves. Et pourtant. Patricia Dagorn, surnommée la « Veuve noire » a été condamnée ce jeudi à Nice à 22 ans de réclusion criminelle. Elle a été reconnue coupable d’avoir empoisonné plusieurs hommes âgés sur la Côte d’Azur, dont deux sont morts dans des circonstances suspectes.

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Jugée devant les assises des Alpes-Maritimes pour l’assassinat en 2011 de deux retraités, un SDF avec lequel elle partageait des nuits d’hôtel et un ancien maçon à la retraite confortable dont les proches avaient trouvé ses ennuis de santé et ses retraits d’argent suspects, Patricia Dagorn n’a pas bronché à l’énoncé du verdict. Elle était aussi accusée d’avoir administré des substances nuisibles, du Valium, à deux autres octogénaires rencontrés par le biais d’une agence matrimoniale. Pour un seul d’entre eux, Robert Vaux, un veuf de Fréjus qui s’était épris d’elle et l’avait logée, elle a admis qu’il ait pu ingérer du Valium en buvant par inadvertance un verre qu’elle s’était servie pour elle-même.

« Perverse narcissique » pour l’accusation, « victime » au comble de la solitude pour sa défense : une peine de 30 ans de réclusion criminelle avait été requise à son encontre, assortie d’une période de sûreté que la cour d’assises n’a finalement pas prononcée.

« La Côte d’Azur était une sorte d’eldorado »

« Je pense que Mme Dagorn était dans une vraie solitude, avec un besoin affectif d’autant plus important que de ce point de vue, elle a été carencée », a lancé l’avocate générale Mme Annie Brunet-Fuster : « La Côte d’Azur était une sorte d’eldorado pour elle pour exprimer ce qu’elle avait toujours eu envie d’être, une femme d’affaires ». Pour appuyer ses réquisitions, la représentante du ministère public a notamment insisté sur le profil des souhaits de rencontres exprimés par l’accusée en agence matrimoniale : des hommes âgés de 50 à 80 ans ou plus.

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Elle a aussi cité les nombreux documents, passeports, chèques ou cartes d’identité « qui n’avaient rien à faire dans la valise de Mme Dagorn ». « Mme Dagorn était une professionnelle de la rédaction de documents administratifs et de copies en tout genre, de fausses signatures. On a une abondance de faux dans ce dossier ».

L'acquittement comme Marie Besnard ?

Pour Me Cédric Huissoud, l’avocat de Patricia Dagorn, en revanche, « quand on met de côté les présomptions, les suspicions, les ressentis, il n’y a rien dans ce dossier ». Il avait plaidé l’acquittement de cette femme de 57 ans dont il a peint le portrait d’une personne incomprise, que « personne n’a sollicitée pour un parloir en six ans ». « On ne consolera pas la solitude de Mme Dagorn, elle est trop profonde », a-t-il dit, tirant pour la première fois depuis le début du procès des larmes à sa cliente.

S’offusquant qu’un psychiatre ait comparé sa cliente au cours d’une audience à la célèbre Marie Besnard, soupçonnée d’avoir empoisonné douze de ses proches et acquittée en 1961, il a même lancé : « Je vais lui donner raison : acquittez-la ! ».