VIDEO. Procès de Jawad Bendaoud: «Il ne faut pas sous-estimer les faits reprochés»

PROCES A partir de ce mercredi et pour trois semaines, s'ouvre le procès de Jawad Bendaoud, poursuivi pour avoir hébergé des terroristes du 13-Novembre...

Caroline Politi avec Vincent Vantighem

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Jawad Bendaoud, le logeur des terroristes du 13 novembre, en procès ce mercredi — 20Minutes
  • Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulhacen sont jugés dans l’affaire de l’assaut de l’immeuble à Saint-Denis, le 18 novembre 2015.
  • Les deux premiers encourent six ans de prison, le troisième trois ans.
  • Tous nient avoir eu connaissance de l’identité des terroristes.

« J’étais pas au courant que c’était des terroristes, moi. […] On m’a demandé de rendre service, j’ai rendu service. » Le 18 novembre 2015, après quatre jours d’effroi et de sidération, l’interview surréaliste de Jawad Bendaoud au micro de BFM TV, a fait esquisser un premier sourire à un pays encore sous le choc de la vague d’attentats. Alors que l’assaut du Raid contre la planque d’Abdelhamid Abaaoud à Saint-Denis est toujours en cours, l’homme, alors âgé de 29 ans, tout de noir vêtu, lunettes à monture carrée sur le nez, confie être le « propriétaire » de l’appartement.

 

Interpellé quelques minutes plus tard, « le logeur de Daech » a d’abord été mis en examen dans le dossier du 13 novembre avant que son affaire ne soit disjointe, en mai 2017, de l’enquête principale. Les investigations n’ont en effet pas permis de mettre en lumière « une quelconque implication » dans la préparation ou la réalisation des attentats, précisaient les juges d’instruction.

« Les attentes varient d’une partie civile à l’autre »

Il est jugé à partir de ce mercredi et pour trois semaines devant le tribunal correctionnel de Paris pour recel de malfaiteurs terroristes. A ses côtés, Mohamed Soumah, soupçonné d’avoir joué les intermédiaires avec Hasna Aït Boulhacen, la cousine d’Abaooud, morte durant l’assaut. A tous les deux, il leur est reproché d’avoir fourni un hébergement « à des individus dont ils ne pouvaient ignorer qu’ils étaient des terroristes ». Youssef Aït Boulhacen, frère d’Hasna, comparaît pour non-dénonciation d’un crime. Les enquêteurs ont noté de nombreux appels entre eux coïncidant au moment où la jeune femme était en contact avec les terroristes.

« Il ne faut pas sous-estimer les faits reprochés, met en garde l’avocat Méhana Mouhou, qui défend des victimes du Bataclan et des habitants de l’immeuble de Saint-Denis. On est dans la continuité des attentats. Ce logement servait de base arrière et sans l’intervention du Raid, il aurait également permis aux terroristes de préparer une nouvelle vague d’attentat », notamment contre le centre commercial de La Défense. A l'inverse, d'autres conseils ne veulent pas faire de ce procès une répétition générale du 13 novembre. «Pour éviter les faux espoirs, je préviens mes clients sur le fait qu'on ne juge pas les attentats ou leur préparation mais bien la base arrière», confie Claire Josserand-Schmidt qui défend une dizaine de victimes des attentats.

 400 parties civiles se sont déjà manifestées, d’autres devraient se faire connaître le jour de l’ouverture, et trois salles d’audiences – dont deux avec des retransmissions vidéos – ont été prévues pour que les victimes puissent assister aux débats. « Les attentes varient d’une partie civile à l’autre. Certaines n’en attendent pas grand-chose mais veulent symboliquement exister, d’autres espèrent avoir accès à une première vérité », précise l'avocate.

Les prévenus ont toujours nié avoir eu connaissance de l’identité des terroristes

Mais la personnalité éruptive de Jawad Bendaoud permettra-t-elle d’y accéder ? Tout au long de la procédure, lui comme les deux autres prévenus n’ont eu de cesse de nier avoir eu connaissance des intentions des « locataires ». Ainsi, Mohamed Soumah a affirmé ne pas avoir fait le rapprochement avec les attentats lors des nombreux appels d’Hasna, y compris lorsque celle-ci parlait en langage codé.

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De même, Jawad Bendaoud a expliqué aux enquêteurs n’avoir regardé la télévision que le soir du 13 novembre et être persuadé que tous les terroristes étaient décédés lors des attentats. Pourtant, après avoir « accueilli » ses locataires, il a confié à un employé d’une pizzeria les avoir trouvés louches car ils venaient de Belgique et ne souhaitaient que de l’eau et prier. « Tous les mecs de ma rue hier, ils rigolaient, ils m’ont dit t’es un ouf, tu ramènes des mecs de Belgique, deux frères mus [ulmans] […] sur le Coran de la Mecque, c’est des terroristes, et nous on rigolait, bah on s’en bat les couilles, moi je les hébergeais », raconte-t-il le lendemain à sa compagne au téléphone alors que l’assaut est toujours en cours.

Pendant l’instruction, Jawad Bendaoud a nuancé ses propos, expliquant simplement avoir été surpris de pouvoir louer 150 euros pour trois nuits un appartement sans eau ni électricité. « Quand bien même l’appât du gain aurait motivé l’hébergement, à elle seule, cette motivation n’enlève rien à la connaissance qu’avait Jawad Bendaoud que les personnes qu’il acceptait de prendre en charge étaient des terroristes », notent les juges d’instruction. Lui comme Mohamed Soumah encourent six ans de prison, Youssef Aït Boulhacen, trois ans.