Toulouse: L'avocat d'un complice présumé de Merah inquiété pour avoir remis un hors-série de «Charlie» à son client

JUSTICE Christian Etelin, l’avocat de Fettah Malki, jugé pour complicité aux côtés d’Abdelkader Merah, fait l’objet d’un signalement auprès du parquet. Des surveillants de prison lui reprochent d’avoir transmis un hors-série de « Charlie Hebdo » à son client lors d’un parloir…

Helene Menal

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Christian Etelin, l'avocat de Fettah Malki, qui a avoué avoir procuré des armes à  Merah.
Christian Etelin, l'avocat de Fettah Malki, qui a avoué avoir procuré des armes à Merah. — E. Feferberg - AFP
  • Fettah Malki, condamné à 14 ans de prison pour complicité avec le tueur au scooter, attend son procès en appel à la maison d’arrêt de Seysses, près de Toulouse.
  • Fin décembre, son avocat, Christian Etelin, lui a transmis au parloir le numéro hors-série de Charlie sur le procès Merah.
  • Les surveillants ont fait un signalement au parquet pour introduction en prison d’un objet prohibé.

Un hors-série de Charlie Hebdo est-il un objet prohibé en prison ? La question est au centre de l’incident qui a éclaté entre Christian Etelin, l’avocat de Fettah Malki, condamné à 14 ans de prison lors du procès Merah pour avoir fourni un pistolet automatique au tueur au scooter, et les surveillants de la Maison d’arrêt de Seysses, près de Toulouse.

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L’affaire, révélée par Libération, s’est nouée le 30 décembre au parloir. Christian Etelin transmet à son client le hors-série de Charlie sur le procès Merah, avec les dessins d’audiences de Riss. Lorsque les surveillants s’en aperçoivent, ils reprochent à l’avocat d’avoir remis un « objet prohibé ». « Je leur propose de le reprendre pour l’envoyer sous pli fermé, raconte l’avocat à 20 Minutes. Mais ils me disent que ce qui est fait est fait et, comble du comble, que j’aurais pu tout aussi bien lui remettre une arme. »

Bref, la situation s’envenime et les surveillants font par la voie hiérarchique un signalement au bâtonnier de Toulouse et au procureur de la République sur la base de l’article 434-435 du Code pénal traitant des objets prohibés en prison.

Il risque trois ans de prison

« Cet article prévoit bel et bien que quelqu’un d’habilité ne peut pas d’introduire des objets ou substances non réglementaires en prison, reconnaît Christian Etelin. Mais là, il s’agit d’une brochure et à mon sens d’une pièce du dossier que j’ai remis à Fettah Malki dans le cadre de la préparation de son procès en appel, parce que je trouve important qu’il comprenne comment les médias ont perçu le premier procès. »

L’avocat trouve « grotesque » la situation et le fait qu’on puisse considérer qu’un numéro de Charlie pourrait menacer la sécurité et la tranquillité d’une prison. « Alors quoi, c’est un fruit défendu ? », s’interroge-t-il.

Dans le pire des cas pour lui, le parquet peut le renvoyer devant le tribunal correctionnel, où il encourt jusqu’à trois ans de prison et même la radiation. « Si on pousse le ridicule jusque-là et bien je me défendrai, assure-t-il, ce sera l’occasion de débattre sur ce qui est autorisé ou pas en prison. »