Lyon: Le conseil d'Etat va devoir statuer sur Caroline Collomb, l'épouse du ministre de l’Intérieur

POLITIQUE La jeune femme, juge administrative et également référente du parti de LREM dans le Rhône. Le conseil d’Etat va devoir se prononcer sur le risque de conflit d’intérêts…

C.G. avec AFP

— 

Caroline Collomb entre Emmanuel Macron (à gauche) et son mari, le ministre de l'Intérieur (à droite)
Caroline Collomb entre Emmanuel Macron (à gauche) et son mari, le ministre de l'Intérieur (à droite) — J.P Ksiazek

Caroline Collomb, l’épouse du ministre de l'Intérieur, peut-elle être juge administrative et responsable du parti de la République en Marche dans le Rhône ? La question a été posée au Conseil d’État par un Lyonnais qui évoque un « risque de conflit d’intérêts » et de manquement à son « obligation de réserve ».

Le 25 octobre, comme l’avait révélé l'hebdomadaire satirique lyonnais Les Potins d'Angèle, Éric Forquin avait adressé un premier courrier au vice-président du Conseil d’État, Jean-Marc Sauvé. Sans obtenir de réponse, « signe d’embarras ».

Mutée à Paris avant tout le monde

Mardi, dans une nouvelle lettre dont l’AFP a eu copie, ce juriste d’entreprise a réitéré sa demande de saisine du Collège de déontologie de l’institution. « Pas dans un but politique mais parce que je crois à la cause que je défends », a assuré cet ancien élu LR de Caluire, près de Lyon.

Sollicité par l’AFP, le Conseil d’État n’a pas fait de commentaires. Caroline Collomb, qui travaillait depuis 2015 au tribunal administratif (TA) de Toulon, a été mutée durant l'été à Paris puis désignée « référente » de La République en Marche (LREM) pour le Rhône, le 6 octobre.

>> A lire aussi : LREM: L'épouse de Gérard Collomb prend les commandes du parti à Lyon

Le 18 septembre, le Conseil de déontologie a déjà rendu un avis sur sa mutation, à l'origine d'une polémique. Il ne s’y était pas opposé, appelant toutefois Caroline Collomb à être « tout particulièrement vigilante » quant à son « obligation de réserve » et sa « discrétion professionnelle » ; il avait enjoint aussi le TA de Paris à l’écarter de tout dossier « relevant du ministère de l’Intérieur, y compris naturellement au titre du contentieux des étrangers ».

« Mise au point »

Le vice-président du Conseil d’État s’était alors fendu d’une « mise au point » en faveur de Caroline Collomb. « Il ne saurait y avoir de stigmatisation ou d’interdiction professionnelle tenant aux liens familiaux des juges », affirmait alors Jean-Marc Sauvé.

Mais pour Eric Forquin la donne a changé depuis que l’épouse du ministre a pris des responsabilités politiques. Un avis partagé par Paul Cassia, professeur de droit à la Sorbonne. Sur un blog hébergé par Mediapart, il rappelait le 11 octobre le paragraphe 49 de la Charte de déontologie de la juridiction administrative.

Celui-ci stipule que « certaines responsabilités de premier plan, au sein d’un parti politique ou dans l’équipe de campagne d’un candidat à un mandat national, par exemple, peuvent, du fait notamment de leur exposition médiatique et de la charge de travail qu’elles comportent, se révéler en pratique inconciliables avec l’exercice normal des fonctions au sein de l’institution ».