Grenoble : Le psychiatre d’un schizophrène assassin jugé en appel pour homicide involontaire

JUSTICE Le Dr Lekhraj Gujadhur avait été condamné à dix-huit mois de prison en première instance après le mort de Luc Meunier, tué par l’un de ses patients…

Elisa Frisullo

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La sœur de Luc Meunier, tué le 12 novembre 2008 par un patient schizophrène de l'hôpital de Saint-Egrève, en Isère, et l'avocat de la famille Hervé Gerbi.
La sœur de Luc Meunier, tué le 12 novembre 2008 par un patient schizophrène de l'hôpital de Saint-Egrève, en Isère, et l'avocat de la famille Hervé Gerbi. — Jean-Pierre Clatot / AFP
  • Le 12 novembre 2008, Luc Meunier, 26 ans, avait été mortellement poignardé à Grenoble par un patient schizophrène qui s’était échappé de l’hôpital.
  • Ce patient dangereux avait pu s’enfuir après avoir été autorisé à sortir sans surveillance dans le parc de l’établissement.
  • Le psychiatre, qui avait autorisé cette sortie, a écopé de 18 mois de prison avec sursis en décembre 2016 pour «homicide involontaire».

Il y a un an, pour la première fois en France, un praticien hospitalier était condamné sur le plan pénal pour « homicide involontaire » après le meurtre perpétré par l’un de ses patients. A partir de ce mardi, le Dr Lekhraj Gujadhur, un psychiatre de 71 ans, aujourd’hui retraité, sera jugé en appel à Grenoble (Isère) après la mort de Luc Meunier.

Le 12 novembre 2008, cet étudiant de 26 ans avait été poignardé en pleine rue à Grenoble par un patient schizophrène de l’hôpital de Saint-Egrève, (Isère) qui avait profité d’une sortie dans le parc de l’établissement pour s’enfuir.

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Le centre hospitalier relaxé

En première instance, en décembre 2016, le psychiatre avait écopé d’une peine de prison de dix-huit mois avec sursis devant le tribunal correctionnel de Grenoble pour avoir autorisé ce malade, atteint de psychose délirante chronique depuis près de quatre décennies, à sortir. Egalement poursuivi, le centre hospitalier de Saint-Egrève avait été relaxé.

Devant la cour d’appel, la responsabilité de ce praticien hospitalier, qui avait fait appel de sa condamnation, sera de nouveau au centre des débats. Le jour du drame, Jean-Pierre Guillaud, ce patient schizophrène en hospitalisation d’office depuis deux ans à Saint-Egrève et déjà auteur d’agressions à l’arme blanche par le passé, s’était échappé sans difficulté de l’hôpital, après une sortie non surveillée dans le parc de l’établissement.

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Le patient assassin déclaré irresponsable

L’homme, bien connu à Saint-Egrève pour y avoir été hospitalisé à dix reprises entre 1980 et 2008, avait alors pris un car puis gagné le centre-ville de Grenoble. Après avoir acheté un couteau, ce malade, déclaré irresponsable par la suite, s’était jeté sur la première personne venue et l’avait poignardée. Luc Meunier, qui finissait à l’époque un doctorat en génie mécanique, était mort sous ses coups.

A quelques heures du procès en appel, la famille de la victime s’apprête à revivre ces moments extrêmement douloureux, sans volonté de vengeance, mais avec le souhait que la faute ayant conduit à la mort de Luc soit une nouvelle fois condamnée.

Une nouvelle étape douloureuse pour les proches de Luc Meunier

« Ce n’est ni de l’acharnement ni de la vengeance. Ce que nous voulons, c’est que la justice dise, une fois pour toutes, qu’un médecin psychiatre n’a pas fait son boulot sur un patient précis et que c’est ce qui a conduit à la mort de mon frère », a indiqué Sylvaine Meunier, la sœur de la victime, samedi lors d’une conférence de presse. « Si Luc n’est plus là, c’est la faute d’un homme qui n’a pas fait son travail », a renchéri la mère de Luc.

Pour l’avocat du médecin psychiatre, ce procès en appel sera l’occasion de tenter de démontrer que son client ne peut pas être considéré comme le seul responsable. « Est ce qu’il est normal que le chef de pôle, le médecin de ce patient et le directeur de l’hôpital ne soient pas là pour s’expliquer ? », s’interroge Me Jean-Yves Balestas, interrogé par France 3. Soucieux que ce débat puise avoir lieu devant la cour, l’avocat a fait citer ces trois personnes comme témoins lors du procès.