Procès Georges Tron: «Je peux comprendre que mes incohérences peuvent me porter préjudice»

PROCES Virginie E., l’une des deux plaignantes au procès de Georges Tron a été entendue pendant plus de 7 heures. Son récit, parfois imprécis, a été vivement mis en cause par la défense…

Caroline Politi

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Virginie F., partie civile au procès de Georges Tron
Virginie F., partie civile au procès de Georges Tron — JACQUES DEMARTHON / AFP
  • Virginie E. assure avoir été victime d’un viol et de plusieurs agressions sexuelles de la part de Georges Tron et de son adjointe, Brigitte Gruel.
  • La cour s’est longuement attachée à éclaircir certaines imprécisions et erreurs factuelles dans son récit.
  • La défense nie en bloc les allégations de viols et agressions sexuelles.

Appuyée à la barre de la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, Virginie E., tout de noir vêtu, ses longs cheveux blonds ramassés en une queue-de-cheval, a souvent peiné à contenir ses larmes au cours des sept heures qu’ont duré son audition. Au troisième jour du procès de Georges Tron et de Brigitte Gruel pour viols et agressions sexuelles en réunion, le récit de la plaignante a été longuement décortiqué. « Votre parole est entièrement contredite par les deux accusés. Nous sommes dans une situation de parole contre parole », lâche le président, Régis de Jorna, dès l’ouverture des débats. Et c’est peu dire que dans cette affaire, où les éléments matériels manquent cruellement, les témoignages des uns et des autres sont aux antipodes.

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A la cour d’assises, Virginie E., a confié la « gêne » ressentie dès la première fois où l’ancien secrétaire d’État lui a saisi le pied sous couvert de réflexologie plantaire, avant même son embauche en 2008. Elle a surtout longuement raconté son « choc » lorsque Georges Tron et Béatrice Gruel auraient, selon son récit, abusé d’elle. C’était après un déjeuner officiel avec des pêcheurs. L’édile lui aurait saisi le pied pendant que son adjointe la déshabillait. Georges Tron lui aurait alors fait subir un viol digital. Pourquoi n’a-t-elle pas réagi lorsqu’elle a senti qu’on était en train de la déshabiller, l’invective le président, particulièrement brutal pendant son audition. « J’avais le cœur qui battait dans les oreilles, je n’étais plus là, paralysée, je ne pouvais plus bouger », justifie la quarantenaire, la voix étranglée. Le président insiste. « Mais vous ne réagissez pas ? » « Non, j’en suis incapable. » « Je suis surpris du ton de cet interrogatoire qu’on dirait tout droit sorti des années 1950 où on semble découvrir un phénomène connu depuis 1914 : la sidération », s’emporte Vincent Ollivier, son conseil.

De nombreuses imprécisions

Tout au long de l’instruction, la plaignante a assuré que la scène s’était déroulée le 12 novembre 2009. L’enquête a, en réalité, prouvé qu’elle avait eu lieu la semaine suivante, le 19 novembre. En apparence, l’erreur semble anodine, la plainte a été déposée en 2011, soit deux ans après les faits allégués. Ce problème de date est en réalité l’un des axes de la défense. Car ce jour-là, les pompiers sont intervenus au domicile de Virginie E. après que cette dernière a fait une tentative de suicide. « Ce n’est quand même pas un événement qu’on oublie… », la tance brutalement le président, dont on a parfois l’impression que les remarques pourraient être celles de la défense. Or, dans ses déclarations aux enquêteurs, elle a affirmé qu’elle était rentrée chez elle, s’était lavée avec une brosse à ongles, puis était allée se coucher. Elle date sa tentative de suicide au mois de décembre.

Georges Tron, accusé de viol, comparaît depuis mardi à la cour d'assises de Seine-Saint-Denis.
Georges Tron, accusé de viol, comparaît depuis mardi à la cour d'assises de Seine-Saint-Denis. - LIONEL BONAVENTURE / AFP

« Quand on est sous le choc, c’est compliqué d’avoir une cohérence… je ne me l’explique pas… », bredouille-t-elle. Une erreur factuelle dans laquelle ne manque pas de s’engouffrer la défense. « On pourrait comprendre que quelqu’un qui a été violé puisse se tromper, lâche Eric Dupond-Moretti, l’avocat de Georges Tron. Mais que vous ne liez pas les faits et la tentative de suicide, ça, c’est incompréhensible. »

« Vous demandez donc à votre mère de photographier votre violeur"

Et que dire de cette rumeur, qu’elle a elle-même répandu auprès de ses collègues, sur son cancer de l’utérus. Elle ne nie pas mais affirme que c’était pour que Georges Tron, particulièrement « hypocondriaque », ne l’approche plus. « Tout le monde sait qu’un cancer, ça ne s’attrape pas », lâche le président. Pourquoi également avoir expressément demandé à sa mère, photographe à la retraite, de l’aider à réaliser le calendrier de la mairie en photographiant Georges Tron, un mois à peine après le viol présumé. « Vous demandez donc à votre mère de photographier votre violeur pour qu’il ait une image présentable », résume ironiquement Eric Dupond-Moretti.

Pris un à un, ces éléments sont négligeables, mais mis bout à bout, ils fragilisent grandement le récit de la plaignante. Virginie E. en a d’ailleurs conscience. « Je peux comprendre que mes incohérences peuvent me porter préjudice. Il y a des choses qui me reviennent en mémoire. » Le verdict est théoriquement attendu le 22 décembre mais les audiences ont pris un tel retard que ce délai semble d’ores et déjà intenable.