Activités de Lafarge en Syrie: Deux responsables, dont l'ex-PDG, devant les juges en vue d'une éventuelle mise en examen

CIMENT Les juges cherchent à savoir si les cadres dirigeants du groupe étaient au courant que leur filiale en Syrie continuait de faire affaire avec Daesh…

20 Minutes avec AFP

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L'ex-PDG de Lafarge Bruno Lafont le 7 avril 2014.
L'ex-PDG de Lafarge Bruno Lafont le 7 avril 2014. — FRANCK FIFE

Deux responsables de Lafarge, dont l’ex-PDG Bruno Lafont, ont été présentés ce vendredi à la justice en vue d’une éventuelle mise en examen dans l’enquête sur le financement par le cimentier de l’organisation de l’Etat islamique en Syrie, a-t-on appris de source judiciaire.

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Le parquet de Paris a requis leur mise en examen ainsi que le placement en détention provisoire de Bruno Lafont, PDG de Lafarge de 2007 à 2015, et a demandé que Christian Herrault, ex-directeur général adjoint, soit soumis à un contrôle judiciaire, a précisé cette source.

Les trois cadres dirigeants avaient été mis en examen ce mercredi

Jeudi, Eric Olsen, DRH puis directeur général adjoint du groupe français à l’époque des faits, avant de devenir directeur général après la fusion avec le Suisse Holcim en 2015, a été mis en examen pour « financement d’une entreprise terroriste » et « mise en danger de la vie d’autrui », et placé sous contrôle judiciaire. Il devra s’acquitter d’une caution de 200.000 euros, a indiqué une source proche du dossier.

Les trois cadres dirigeants avaient été placés en garde à vue ce mercredi dans les locaux du Service national de douane judiciaire (SNDJ).

Lafarge a remis à Daesh 500.000 dollars et lui a acheté des matières premières

La filiale syrienne (Lafarge Cement Syria, LCS) du groupe est mise en cause pour avoir pactisé avec Daesh entre novembre 2013 et septembre 2014 afin de maintenir son usine de Jalabiya (nord du pays), dans une zone de conflit tenue notamment par l’organisation djihadiste d’Abou Bakr al-Baghdadi.

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Elle lui a fait remettre plus de 500.000 dollars et lui a acheté des matières premières, dont du pétrole, en violation d’un embargo de l’Union européenne, selon un rapport rédigé à la demande de Lafarge par le cabinet américain Baker McKenzie.

Bruno Lafont n’aurait émis « aucune objection à l’époque »

Les enquêteurs tentent de déterminer si la direction à Paris a pu être au courant de tels agissements. Les contradictions entre les trois responsables sont nombreuses.

Christian Herrault, qui a reconnu début 2017 que le groupe avait été victime d’une « économie de racket », a assuré « avoir régulièrement informé Bruno Lafont » et que ce dernier « n’avait émis aucune objection à l’époque », d’après le rapport Baker McKenzie.

« Si rien ne me remontait, c’est que rien de matériel ne se produisait »

Mais l’ex-PDG, entendu en janvier en audition libre par les enquêteurs, a démenti avoir été informé. « Pour moi, les choses étaient sous contrôle. Si rien ne me remontait, c’est que rien de matériel ne se produisait », avait assuré Bruno Lafont.

Outre Olsen, trois cadres de Lafarge, dont deux ex-directeurs de l’usine de Jalabiya, ont été mis en examen dans cette enquête menée au pas de charge par un juge d’instruction du pôle antiterroriste et deux juges du pôle financier.