Procès des rugbymen du Stade Français: «Ce n’est pas une petite agression sexuelle»

PROCES Le procureur a requis 12 mois prison à l’encontre du rugbyman fidjien, Josaia Raisuqe, accusé d’agression sexuelle et de violence en état d’ébriété…

Caroline Politi

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Les deux rugbymen du Stade Français étaient jugés pour violences en état d'ivresse et l'un d'entre eux pour agression sexuelle.
Les deux rugbymen du Stade Français étaient jugés pour violences en état d'ivresse et l'un d'entre eux pour agression sexuelle. — Thomas SAMSON / AFP
  • Josaia Raisuqe a nié en bloc les accusations portées à son encontre.
  • Waisea Nayacalevu Vuidravuwalu a reconnu des violences non intentionnelles.
  • Le jugement a été mis en délibéré au 30 janvier.

Quatre mois après les faits, Jessica, 35 ans, revit encore la scène « par flashs ». « Je me souviens surtout de son regard, je me suis sentie à la merci de ce qu’il se passait », confie cette mère de quatre enfants devant la 24e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Ce jeudi, Waisea Nayacalevu Vuidravuwalu et Josaia Raisuqe, deux rugbymen fidjiens du Stade Français, comparaissaient pour « violence en état d’ivresse » et, pour le second, « agression sexuelle ».

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« Il semble que ce soit une histoire de beuverie qui aurait mal tourné », résume la présidente au moment de restituer le déroulé des faits. Josaia Raisuqe, 23 ans, est accusé d’avoir touché, sans son consentement, la poitrine de Jessica puis aurait, avec son compatriote, asséné des coups de poing à ses deux amis qui tentaient de s’interposer. Une affaire tristement classique comme il y en a tant dans les chambres correctionnelles mais qui prend un relief particulier au regard de la notoriété des deux prévenus et du débat de fond sur les violences faites aux femmes.

« Il ne s’agit pas de violences, j’ai poussé »

Tout au long de l’audience, Josaia Raisuqe n’a eu de cesse de nier en bloc les accusations portées à son encontre. Vêtu d’une chemise bleu ciel et d’un jean, ce Fidjien aux traits poupins assure n’avoir jamais eu des gestes déplacés ou commis le moindre acte de violence volontaire à l’égard du groupe d’amis. S’il reconnaît avoir trop bu – une douzaine de pintes et « beaucoup de vodka » –, il estime que les faits relèvent avant tout d’une bousculade. « Il y avait beaucoup de monde, je poussais les gens pour sortir, peut-être qu’elle l’a mal pris », a-t-il martelé par l’intermédiaire de son interprète. Pourtant, fait remarquer la présidente, les trois amis étaient appuyés contre un mur, « ne gênaient pas le passage ». « Il ne s’agit pas de violences, j’ai poussé », répète en boucle l’ancien ailier du Stade Français. Licencié pour faute grave, il a depuis rejoint le club de Nevers.

Sur le banc des parties civiles, Jessica soupire en entendant la version des faits du rugbyman. « Il y avait du monde sur cette avenue mais ne nécessitant pas qu’on se fraye un chemin », assure-t-elle. Et de préciser : « Ce n’était pas le métro à l’heure de pointe. » Ce soir-là, explique la jeune femme, elle fumait une cigarette avec ses deux amis devant la boîte de nuit lorsqu’elle a vu les prévenus fondre dans leur direction. Selon son récit, Josaia Raisuqe l’aurait alors caressé avec une rose puis lui aurait « saisi les seins pendant plusieurs secondes » avant de faire glisser ses mains sur elle. « Quand j’ai voulu le repousser, je n’ai pas pu », poursuit-elle la voix serrée. Et pour cause : Josia Raisuqe mesure 1,90 m pour 104 kilos.

« Si j’avais l’intention de frapper quelqu’un, l’ITT aurait dépassé huit jours »

Lyes, un des amis de Jessica présent au moment de l’agression présumée, n’a vu que partiellement la scène car quasiment simultanément, Waisea Nayacalevu Vuidravuwalu – dont le nom fut si souvent écorché pendant l’audience que la présidente a fini par le surnommer Monsieur V. – lui aurait décoché un coup de poing après qu’il a refusé de lui donner une cigarette. Il a pris un second coup lorsqu’il a tenté d’empêcher, avec une amie, Camille, également partie civile au procès, les deux hommes de partir en taxi. « On partageait tous l’idée que ces messieurs ne pouvaient pas partir impunément », explique cette dernière, qui a reçu deux coups de poing. Lui a écopé de trois jours d’ITT, elle de deux jours.

Waisea Nayacalevu Vuidravuwalu a reconnu avoir « peut-être » porté des coups mais de manière « non intentionnelle ». « Si j’avais l’intention de frapper quelqu’un, l’ITT aurait dépassé huit jours », lance-t-il, du haut de son mètre 93 et ses 107 kilos. Face à lui, Lyes mesure à peine 1,64 m pour 64 kilos, son amie Camille n’est guère plus grande.

« Ce type de délinquance occasionne de lourdes souffrances »

« Ce n’est pas une petite agression sexuelle. C’est une agression sexuelle », a tempêté le procureur qui a requis 12 mois de prison avec sursis à l’encontre de Josaia Raisuqe, assortis d’une obligation de soins et de six mois avec sursis contre Waisea Nayacalevu Vuidravuwalu. « Ce type de délinquance occasionne de lourdes souffrances », a-t-il insisté. Le jugement a été mis en délibéré au 30 janvier.