Procès du tireur de «Libération» et de BFM: Abdelhakim Dekhar évoque l'enchaînement «malheureux» qui l’a conduit à faire feu

ASSISES Accusé de «tentative d’assassinat» après avoir tiré dans les locaux de BFM, de «Libération» et devant la Société Générale, Abdelhakim Dekhar assure que ces actions étaient en réalité un suicide « romantique »...

Caroline Politi

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Abdelhakim Dekhar dans les locaux de BFM TV, le 18 novembre 2013.
Abdelhakim Dekhar dans les locaux de BFM TV, le 18 novembre 2013. — HO / BFM TV / AFP
  • Abdelhakim Dekhar, jugé pour « tentative d’assassinat », encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
  • Il assure que le tir qui a blessé César S. était accidentel.
  • Le verdict est attendu dans la nuit de vendredi à samedi.

« A vous entendre, on a l’impression que c’est vous la victime, que vous étiez en position de légitime défense. » Au cinquième jour du procès d’Abdelhakim Dekhar, le président de la cour d’assises de Paris peine à cacher son agacement lorsque l’accusé évoque « l’enchaînement malheureux et effroyable » qui l’a conduit à tirer sur un jeune assistant photographe à Libération.

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La balle, d’ordinaire destinée à la chasse au sanglier, a atteint César S. au dos pour ressortir au niveau du thorax. « Je me rends compte que j’ai fait quelque chose de monstrueux », reconnaît le quinquagénaire, vêtu d’une chemise noire à fines rayures, les cheveux en bataille. Pourtant, à peine a-t-il fini sa phrase qu’il ajoute, comme pour se dédouaner : « Mais faire croire que j’ai voulu le blesser volontairement est un autre type de monstruosité. »

« Libération », « c’est quasiment direct depuis Courbevoie »

Depuis l’ouverture de son procès, ce militant d’extrême-gauche assure que les fusillades contre BFM, Libération et la Société Générale, n’étaient pas des « tentatives d’assassinat ». Ou seulement le sien. « Mon but, c’était de mourir par la complicité indirecte de la police. » Un suicide « scénarisé » et « romantique », comme il l’a martelé ce jeudi après-midi. Ceci afin de faire croire à ses proches qu’il était mort pour ses idées et non parce qu’il était pris dans les tourments d’une profonde dépression : « Ce mensonge c’était une carapace pour faire sens devant mes enfants. »

En faisant irruption à BFM, en tirant deux balles dans le hall [les experts sont divisés sur le fait de savoir si le cran de sûreté était enclenché] et en mettant en joue le rédacteur en chef, il était sûr d’être abattu. « Je suis parti tranquillement », chuchote-t-il, droit comme un « i », les mains dans le dos dans le box. On le voit pourtant courir sur certaines images de surveillance. Après BFM, « il y a eu une montée en puissance », reconnaît-il lui-même. Il cible Libération, « c’est quasiment direct depuis Courbevoie. »

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Cette fois, toujours dans l’objectif de se faire tuer, Abdelhakim Dekhar « va faire du bruit ». C’est pour cette raison, qu’il désactive le cran de sûreté sans avoir, jure-t-il, « d’intention d’homicide ». Il souhaitait tirer dans le plafond mais a été déstabilisé par un mouvement de César S. malgré son injonction de ne pas bouger. Injonction qu’aucun témoin n’a entendue. De même, il assure à la cour avoir a été « acculé » par l’arrivée d’un livreur. La présence de ce dernier n’apparaît sur aucune image de vidéosurveillance. Il voulait tirer à « un mètre » du jeune photographe, mais ce dernier aurait bougé.

« On était tous les deux paniqués »

« Je suis très heureux que César S. ne soit pas là pour entendre vos propos qui consistent à rejeter la faute sur la victime », lâche l’avocat de ce dernier, Me Charles-Emmanuel Soussen. Difficile, en effet, de sentir dans le discours d’Abdelhakim Dekhar la moindre empathie. Au fil de son discours, parfois très décousu et fait de nombreuses digressions politiques, on a le sentiment qu’il se présente comme la véritable victime d’événements qu’il n’a pas contrôlés. « On était tous les deux paniqués », explique-t-il quand il parle du tir sur César S.

Après avoir grièvement blessé le jeune assistant photographe, il se rend pourtant à La Défense, tire à trois reprises, prend en otage un automobiliste. Rien dans son plan, assure-t-il, n’était prévu. Pourquoi alors a-t-il indiqué, à plusieurs reprises, aux juges d’instruction, avoir fait des repérages ? « Un mensonge », confie-t-il à la cour. « La seule manière de me défendre face à l’hystérie médiatique, c’était de mettre en avant mes idées philosophiques. » Le verdict est attendu dans la nuit de vendredi à samedi.