«Kazakhgate»: Le patron d'Airbus entendu comme témoin par les enquêteurs français

ENQUETE Les investigations portent sur des soupçons de corruption en marge d’importants contrats conclus sous la présidence de Nicolas Sarkozy avec le Kazakhstan...

20 Minutes avec AFP

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Logo Airbus Group — Michel Euler/AP/SIPA

Le patron d’Airbus Tom Enders et des responsables de l’avionneur ont été entendus comme témoins en octobre dans l’enquête sur le « Kazakhgate », qui porte sur des soupçons de corruption en marge d’importants contrats conclus sous la présidence de Nicolas Sarkozy avec le Kazakhstan, a-t-on appris ce jeudi de source proche du dossier.

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Tom Enders, deux autres hauts responsables d’Airbus Group et l’avocate (et ex-ministre de Jacques Chirac) Noëlle Lenoir ont été entendus courant octobre comme témoins par les policiers anticorruption de l’Oclciff, à la demande des juges d’instruction du pôle financier de Paris, a précisé cette source, confirmant une information de France Inter et Mediapart.

Des hélicoptères, un centre satellite et des locomotives

En octobre 2010, la France et le Kazakhstan avaient annoncé un accord pour la fourniture de 45 hélicoptères EC 145 fabriqués par Eurocopter, filiale d’EADS devenue Airbus Helicopters, un centre de satellites d’Astrium (ex-EADS, devenu Airbus group) et 295 locomotives Alstom, pour un montant total de deux milliards d’euros.

Contactés par l’AFP, le groupe Airbus et Guillaume Faury, PDG d’Airbus Helicopters, se sont refusés à tout commentaire.

Dans cette enquête, ouverte en mars 2013, les juges cherchent à établir si la signature des contrats a donné lieu à des versements de commissions illégales à des intermédiaires. Une perquisition avait été menée en février 2016 au siège du groupe à Suresnes, près de Paris. A cette occasion, les enquêteurs ont découvert que « dans le cadre de la vente de deux satellites au Kazakhstan, en 2009, le groupe a versé 8,8 millions d’euros » sur un compte détenu à Singapour par une société offshore immatriculée à Hong Kong, affirme ce jeudi le site d’information Mediapart.

Une loi passée en Belgique pour éviter une condamnation ?

La justice soupçonne aussi une équipe proche de l’Élysée de s’être activée pour influencer des politiques en Belgique, dont Armand De Decker, l’ancien président du Sénat belge. Objectif : faire passer une loi en faveur de l’oligarque belgo-kazakh Patokh Chodiev et de deux de ses associés pour qu’ils échappent à une condamnation en Belgique. En échange, Patokh Chodiev devait jouer de son influence à Astana pour aider la France à décrocher des contrats commerciaux.

Plusieurs personnes ont été mises en examen, notamment pour corruption d’agent public étranger : l’ancien préfet et ex-conseiller à l’Elysée, Jean-François Etienne des Rosaies, l’ex-sénateur UDI Aymeri de Montesquiou, et l’ancienne avocate de Patokh Chodiev, Catherine Degoul.

Le groupe Airbus affronte depuis plusieurs mois des turbulences en raison notamment d’une vaste enquête franco-britannique menée par le parquet national financier (PNF) et le Serious fraud Office (SFO) en lien avec des ventes d’avions civils.