Attentats du 13-Novembre: Les figures de l’ombre, priorité des investigations

ENQUETE Deux suspects des attentats du 13-Novembre font l’objet d’un mandat d’arrêt international. Ils sont soupçonnés d’avoir joué un rôle prépondérant...

Caroline Politi avec Thibaut Chevillard

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Deux ans après les attentats, les investigations se concentrent sur les instigateurs.
Deux ans après les attentats, les investigations se concentrent sur les instigateurs. — SIPA
  • Deux ans après les attentats du 13-Novembre, huit personnes ont été mises en examen.
  • Les juges espèrent finir leur instruction à la fin du printemps 2019.
  • Deux mandats d’arrêt contre des djihadistes « sur zone » ont été émis.

Un travail de « fourmi » ou de « titan ». Les qualificatifs sont aux antipodes, ils résument pourtant l’enquête sur les attaques 13-Novembre. Deux ans après l’attentat, quelque 28.000 PV ont été versés au tentaculaire dossier d’instruction - 225 tomes - instruits par six juges. Malgré l’ampleur du travail entrepris, inédit de part le nombre de victimes et les ramifications avec d’autres dossiers terroristes notamment en Belgique, les investigations n’ont pas permis de lever toutes les zones d’ombres. Si bien que le mois dernier, le juge d’instruction Christophe Teissier confiait, lors d’un point d’étape avec les victimes, que l’instruction serait close « au plus tôt » à la fin du printemps 2019.

Au cours des deux dernières années, huit individus, dont sept sont détenus en France, ont été mis en examen dans ce dossier et huit mandats d’arrêt ont été délivrés, cinq à l’encontre de détenus en Belgique, un en Turquie. Les deux derniers, en revanche, concernent des individus probablement encore sur « zone » selon l’expression consacrée - c’est-à-dire en Irak ou en Syrie - considérés comme des « éléments clés » de l’enquête. A commencer par Oussama Atar, soupçonné d’être l’instigateur des attaques de Paris puis de Bruxelles quelques mois plus tard. « Il existe encore des zones d’ombre sur son rôle en tant que décisionnaire mais tout nous pousse à croire qu’il a joué un rôle important », nuance une source proche du dossier.

D’« Abou Ahmed » à l’identification d’Oussama Attar

Dans les semaines qui ont suivi les attentats, les enquêteurs acquièrent la certitude qu’Abdelhamid Abaaoud, qui fut un temps présenté comme le « cerveau » des attaques, a d’avantage joué le rôle d’un « coordinateur » sur le terrain. Les investigations s’orientent vers un djihadiste francophone connu sous le nom de guerre d’« Abou Ahmed ». Son numéro de téléphone, turc, a été retrouvé dans la poche d’un des deux terroristes du Stade de France, griffonné sur un bout de papier. Le même numéro apparaît dans le téléphone d’ Adel Haddadi, l’un des deux hommes arrêtés en décembre 2015 en Autriche et soupçonnés d’avoir échoué à rejoindre les équipes du commando. Lors des interrogatoires, cet Algérien de 29 ans reconnaît avoir été recruté par un certain « Abou Ahmed » pour participer aux attentats. Il assure que ce dernier leur a fourni un soutien logistique, notamment des faux passeports et de l’argent pour emprunter la route des migrants.

Pendant de long mois, les enquêteurs ont peiné à identifier l’homme se cachant derrière ce nom de guerre. Ils sont désormais convaincus qu’il s’agit d’Oussama Atar, un belgo-marocain, vétéran du djihad. Et ce, même si ce dernier a démenti avoir un quelconque lien avec les attentats du 13-Novembre en envoyant une lettre aux médias belges. Un ordinateur découvert dans une poubelle à Shaerbeek peu après les attentats de Bruxelles les a mis sur la voie. Quelques semaines plus tard, Adel Haddadi, invité à désigner « Abou Ahmed » sur des planches photographiques, pointe Oussama Atar.

L’artificier en chef recherché

Le second mandat d’arrêt concerne le seul membre encore en fuite de la cellule, un homme connu sous différents alias dont celui d ’Ahmad Alkhald. Si des doutes subsistent encore sur sa véritable identité, les enquêteurs le soupçonnent d’être l’artificier en chef des attentats de Paris comme ceux de Bruxelles. Ses empreintes ont été découvertes sur la ceinture explosive de Brahim Abdeslam, le terroriste du Comptoir Voltaire ainsi que sur celle que son frère Salah Abdeslam a abandonné à Montrouge. C’est également lui qui se cacherait sous le surnom « Mahmoud », vers qui Najim Laachraoui, l’un des kamikazes de l’aéroport de Zaventem, s’est tourné pour demander des conseils lors de la confection des bombes.

Les enquêteurs ont retrouvé ses empruntes dans deux planques belges utilisées par la cellule du 13-Novembre peu avant la commission des attentats. Comme la plupart des membres de la cellule, Ahmad Alkhald a emprunté la route des migrants avant d’être récupéré en Allemagne par Salah Abdeslam dans la nuit du 2 au 3 octobre 2015. Selon le témoignage d'un mis en examen dans les attentats de Bruxelles, il aurait passé quasiment la totalité du mois d’octobre avec les futurs terroristes de Paris et de Bruxelles pour les aider à préparer les bombes avant de faire chemin inverse près de deux semaines avant le drame.

Ainsi que le révélait Le  Monde au mois de mars, Ahmad Alkhald a été interpellé le 1er novembre dans un train le menant de Vienne à Belgrade. L’homme, qui se fait passer pour un réfugié, sera détenu neuf jours dans un centre fermé pour demandeur d’asile puis dans un centre ouvert à Bicske, en Hongrie, dont il disparaît le jour même. Une semaine plus tard, le 16 novembre, l’homme embarque pour un vol Vienne-Ankara. Selon nos informations, c’est la dernière trace que les enquêteurs ont de lui.

Pas de mandat d’arrêt contre les frères Clain

Aucun mandat d’arrêt n’a en revanche été émis à l’encontre des frères Clain qui se trouveraient toujours en Syrie. Lors de ce même rendez-vous sur l’état d’avancement de l’enquête, certaines victimes s’en sont émues. Pourquoi Fabien Clain, surnommé la « voix du 13-Novembre » après avoir revendiqué les attaques et son frère qui faisait les chants sur la même vidéo, ne font pas l’objet d’un mandat d’arrêt ? Selon nos informations, le juge d’instruction, sans exclure l’hypothèse de demander de nouveaux mandats d’arrêt, aurait justifié cette décision par le fait de savoir si une revendication suffisait à « déterminer l’association de malfaiteurs terroristes ».