Marseille: Quatorze ans de prison requis contre les chefs du clan des «blacks»

JUSTICE Les deux frères Ahamada sont soupçonnés d’être à la tête du trafic de drogue de la cité des lauriers, dans le 15e arrondissement de Marseille…

A.M. avec AFP

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Les avocats des différents prévenus, dont les frères Ahamada, dans l'affaire du trafic de la cité des lauriers.
Les avocats des différents prévenus, dont les frères Ahamada, dans l'affaire du trafic de la cité des lauriers. — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
  • La procureure de la République Sophie Couillaud a requis jusqu’à quatorze années de prison dans le cadre du trafic de drogue de la cité des lauriers, dans le 15e arrondissement de Marseille.
  • Oukoutoub et Djoussouf Ahamada sont les deux frères soupçonnés d’être à la tête de ce réseau.
  • En tout, 27 personnes sont jugées pour leur implication dans ce réseau de drogue, considéré comme l’un des plus importants de Marseille.

L’accusation a requis ce mercredi jusqu’à quatorze années de prison contre les acteurs présumés d’un des plus gros trafics de drogue à Marseille, espérant ainsi porter un coup d’arrêt au deal et à son « sillage de morts ».

Les peines les plus lourdes ont été demandées à l’encontre de deux frères, Oukoutoub, douze ans de prison requis, et Djoussouf Ahamada, 14 ans requis, que l’accusation considère comme les « propriétaires » du lucratif trafic de cannabis de la cité des Lauriers, dans les quartiers Nords de Marseille.

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Un clan criminel

La procureure, Sophie Couillaud, a demandé trois et huit ans de prison à l’encontre de leurs cadets, Oumouré et Oubaya Ahamada, dont la place serait moins élevée dans la hiérarchie de ce trafic, exceptionnel par son ampleur et le fait que l’ensemble de la chaîne de commandement comparaissait depuis fin octobre devant le tribunal correctionnel de Marseille, a-t-elle souligné.

Les enquêteurs spécialisés dans la lutte contre le trafic de drogue qui gangrène certaines cités marseillaises voient dans ces frères Ahamada un clan criminel, dit des « Blacks », engagé dans une guerre sanglante, à coups de règlements de comptes mortels, contre d’autres réseaux de trafiquants de la ville. Une thèse rejetée par les prévenus, qui se sont dits victimes d’un complot.

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1.000 clients par jour

« Le défi de ce procès est de mettre en liquidation la "société" Ahamada qui génère trafics et économie souterraine et entraîne son sillage de morts », a souligné Sophie Couillaud, rappelant les règlements de comptes dans lesquels des protagonistes des Lauriers ont été assassinés et ceux pour lesquels certains prévenus ont pu être mis en examen.

Le procès, qui doit prendre fin vendredi, ne vise lui aucun crime de sang, mais le cœur du moteur financier de la bande : le point de vente de cannabis des Lauriers qui voyait défiler jusqu’à 1.000 clients par jour, jusqu’à un coup de filet en mai 2015.

23 autres prévenus

Le chiffre d’affaires annuel pouvait atteindre 15 millions d’euros par an, a calculé la magistrate du parquet. Le procès n’a pas permis de découvrir avec certitude la destination de ces fonds, dont l’accusation soupçonne un blanchiment aux Comores, où vit le père des frères Ahamada.

Outre les frères Ahamada, âgés de 23 à 42 ans, 23 autres prévenus comparaissent devant le tribunal correctionnel. Jusqu’à un an de prison ferme ont été requis contre les « nourrices », qui ont laissé les trafiquants cacher drogue, argent et armes chez eux, et jusqu’à 9 ans de ferme contre l’auto-proclamé « état-major », qui veillait, à l’abri d’une tour voisine, sur le business.