Marseille: Fin de partie pour le «parrain» Gérald Campanella? Portrait d'un «voyou à l'ancienne»

BANDITISME « 20 Minutes » retrace le parcours de Gérald Campanella, qui sera jugé ce mardi, après quatre ans de cavale…

Jean Saint-Marc, avec T.C.

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L'arrestation de Campanella, une «belle prise» selon les enquêteurs.
L'arrestation de Campanella, une «belle prise» selon les enquêteurs. — P. Huguen / AFP
  • Gérald Campanella, interpellé samedi 4 novembre dans un village des Alpes-de-Haute-Provence, est un des grands noms du banditisme « traditionnel » à Marseille.
  • Il est jugé au tribunal correctionnel de Marseille, à partir de ce mardi.
  • Le duo qu’il forme avec son frère est impliqué dans de nombreuses affaires. Les frères Campanella étaient considérés comme le cœur du « système Guérini », avec leur « ami d’enfance » Bernard Barresi.

Le procès de Gérald Campanella débute ce mardi, à Marseille. 20 Minutes republie le portrait de cette figure du grand banditisme, portrait écrit en novembre dernier, au moment de son interpellation.

La cavale, ça use. Le visage de Gérald Campanella, rond comme une bille, est désormais barré de cernes. L’homme est fatigué, et « dépité d’avoir été arrêté », selon son avocat, Jean-Jacques Campana. Dépité, mais pas paniqué. Lors de son arrestation samedi, dans un patelin des Alpes-de-Haute-Provence, Gérald Campanella s’est rendu sans violence.

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En cavale depuis quatre ans, fraîchement débarqué du Gabon, le bientôt quinquagénaire « a tendu l’autre poignet pour qu’on lui mette les menottes », raconte un policier. En garde à vue à l’Évêché, il est « calme », « pas rebelle du tout », mais nie, en bloc, les faits pour lesquels il est entendu par la police judiciaire, avec une demi-douzaine d’autres suspects. Un règlement de compte sur fond de narco-banditisme, tout de même.

Les absents ont toujours tort

Dépité, donc, mais déterminé à se défendre, Campanella va aussi demander à être rejugé. Fin 2016, il avait été condamné à 10 ans de prison ferme. « Les absents ont toujours tort », commente Jean-Jacques Campana. Dix ans, c’est sévère, pour un peu d’ADN retrouvé dans une cache d’armes, semble penser l’avocat.

Les absents ont toujours tort, c’est une évidence. En voilà une autre : les magistrats jugent aussi le pedigree. Et celui de Gérald Campanella est emblématique. Xavier Monnier le retrace dans son livre Les nouveaux parrains de Marseille ( Fayard), qui a agacé pas mal de gangsters locaux. Un chapitre entier est consacré aux frères Campanella :

Avec son grand frère, Michel, ce ne sont pas les maîtres de Marseille… Mais c’est le centre de gravité du milieu. Tout le monde veut les rencontrer, bosser avec eux, ou les buter !

Parrain ou pas ?

« Campanella, c’est une icône marseillaise. Mais pas le genre d’icône qu’on vénère au Vatican », confirme un policier. « C’est une belle prise », reconnaît auprès de 20 Minutes un autre des enquêteurs, qui n’ose pas lâcher le mot qu’on lit partout dans la presse : « Je ne sais pas si “parrain” est le terme exact le concernant mais ce qui est sûr, c’est qu’il a été une figure emblématique du grand banditisme. » Gérald Campanella refuse aussi le sobriquet. En tout cas publiquement.

« La rumeur publique lui a donné ce qualificatif, mais il n’en présente pas les symptômes, assure son avocat historique. Vous pourriez déjeuner avec lui : il est calme, réfléchi, intelligent. Urbain, j’ai envie de dire. » Un bandit urbain, dans ce cas ? On oublie le terme de « parrain » et on tente celui de « voyou à l’ancienne. »

On peut dire ça, acquiesce maître Campana. Parce qu’il ne fait ni la sortie des écoles, ni les vieilles, ni la came. Ses condamnations, ce sont pour des braquages. On fait du mal aux banques, pas aux particuliers.

« Pas des types avec des pompes bicolores et des airs de mafieux sur le retour »

Avant de se diversifier, c’est effectivement par une impressionnante série de braquages que les frangins Campanella ont lancé leur carrière : cinq banques en une semaine, pendant l’été 1986. A peine âgés de 20 ans, les jeunes braqueurs se font rapidement repérer : ils flambent un peu trop pour être honnêtes. Ce premier séjour en prison leur servira de leçon : mieux vaut faire profil bas. « Ce ne sont pas des types avec des pompes bicolores et des airs de mafieux italiens sur le retour, ils savent se faire discrets », reprend Xavier Monnier.

Michel, (« l’homme de réflexion »), et Gérald (« l’homme d’action ») ont longtemps navigué sous les radars, seulement condamnés en 2005 pour « escroquerie », une affaire de faux emprunts pour des achats de grosses cylindrées. Monnier fignole sa métaphore : « Disons qu’ils aiment les gros bateaux, mais qu’ils ne s’affichent pas avec dans le Vieux-Port de Marseille ! »

« Vous parlez d’association de malfaiteurs, je parle d’amis d’enfance ! »

En cette belle journée de juin 2010, c’est en effet à Golfe-Juan, dans les Alpes-Maritimes, que leur bateau est amarré. Les frères Campanella passaient une après-midi tranquille, entre amis, quand ont débarqué les policiers de la BRI. Bernard Barresi est le plus connu des interpellés. C’est lui qui fera les gros titres. Et c’est à son propos que Michel Campanella sortira cette phrase mythique, exergue des Nouveaux parrains de Marseille : « Vous parlez d’association de malfaiteurs, je parle d’amis d’enfance ! »

Bernard Barresi lors de son procès, à Nancy.
Bernard Barresi lors de son procès, à Nancy. - J.-C. Verhaegen / AFP

Les amis d’enfance sont allés loin : « Ils font partie de cette génération des voyous qui aspiraient presque à devenir des notables de la ville, décrit Frédéric Ploquin, auteur, entre autres, de Parrains et caïds (Fayard). Le projet ultime, c’est l’embourgeoisement : donc forcément, ça les rapproche des marchés publics ! »

Après les braquages, les bars, les machines à sous, l’immobilier, donc. Reconvertis dans le terrassement, les frères Campanella formaient dans les années 2000 une petite entreprise qui ne connaissait pas la crise : MGC (leurs initiales). Une société au cœur du système Guérini, selon les enquêteurs : « C’est bien grâce aux interventions répétées de Jean-Noël Guérini [alors président du département] qu’un véritable système mafieux a été mis en place par Alexandre Guérini au profit du clan Barresi, Boudemaghe, Campanella et consorts », écrivaient en 2014 les enquêteurs de la Douane judiciaire, cités par le JDD.

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C’est une des nombreuses pièces d’une épaisse enquête, ouverte en 2009, mais qui n’avance pas, même si une des informations judiciaires a repris en mars, selon Mediapart et Marsactu. Monnier esquisse un sourire : « Les avocats des Campanella sont très contents qu’il prenne la poussière, ce dossier. » Ceux de Gérald ont plus urgent à gérer.

Pas sûr, pourtant, que cette interpellation signe la disgrâce définitive de ce « voyou à l’ancienne ». Le mot de la fin va à Ploquin : « Ils ne chutent que quand ils meurent, ces gars-là… »