Caserne de gendarmerie incendiée à Meylan: «Nous aurions pu avoir des morts et des blessés»

ENQUÊTE Dans la nuit de mercredi à jeudi, un incendie criminel a ravagé les véhicules personnels des gendarmes au sein de la caserne de Meylan, près de Grenoble...

Elisa Frisullo

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Le procureur de la République de Grenoble Jean-Yves Coquillat .
Le procureur de la République de Grenoble Jean-Yves Coquillat . — AFP
  • Le feu s’est propagé aux façades de l’immeuble d’habitation de la caserne. Parmi les neuf familles évacuées, personne n’a été blessé.
  • La piste anarcho libertaire est étudiée, cet incendie criminel intervenant un mois après le feu qui a ravagé fin septembre le garage de la gendarmerie de Grenoble.
  • Pour l’heure, cet acte qui aurait pu avoir une issue dramatique, n’a pas été revendiqué.

Pour les militaires comme pour la justice, un cap a été franchi dans la violence. Dans la nuit de mercredi à jeudi, vers 3h35 du matin, plusieurs véhicules personnels de gendarmes, garés dans la caserne de Meylan, dans la banlieue de Grenoble en Isère, ont été incendiés.

Une ou plusieurs personnes ont pénétré par intrusion au sein de la caserne, en découpant un grillage de protection, puis ont mis le feu à quatre voitures et une moto, garés sous le bâtiment d’habitation. Le feu s’est propagé aux façades de l’immeuble. Neuf familles de gendarmes, parmi lesquelles quelques enfants, ont dû être évacuées, mais le sinistre, rapidement maîtrisé, n’a fait aucun blessé.

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« Cette affaire est particulièrement inquiétante »

C’est la seconde fois en l’espace d’un mois qu’un bâtiment de la gendarmerie est visé en Isère. Dans la nuit du 21 septembre, le garage de la caserne de Grenoble avait été volontairement incendié. Les véhicules garés à l’intérieur avaient été détruits. Au lendemain du sinistre, le feu d’origine criminelle avait été revendiqué sur un site anarcho-libertaire pour « venger » huit personnes qui comparaissent alors pour l’attaque et l’incendie d’une voiture de police en mai 2016 à Paris.

« Cette affaire est particulièrement inquiétante car cette fois, on s’en est pris aux militaires et à leurs familles », a indiqué ce jeudi après-midi le procureur de la République de Grenoble Jean-Yves Coquillat, lors d’une conférence de presse. « Il n’y a eu que des dégâts matériels. Pour autant, si les familles n’avaient pas été réveillées par l’odeur des fumées et si les gendarmes n’avaient pas réagi, nous aurions pu avoir une affaire dramatique avec des morts et des blessés », a ajouté le magistrat.

Une action pour l’heure non revendiquée, la piste anarco-libertaire étudiée

Pour l’heure, cet incendie criminel n’a pas été revendiqué et toutes les pistes sont étudiées, comme celle d’une vengeance visant les gendarmes ou un acte des anarcho-libertaire. « Est-ce que nous sommes en présence d’anarcho-libertaires ? Je ne peux pas répondre, il est trop tôt pour le dire », a ajouté le procureur, notant toutefois quelques similitudes avec l’incendie volontaire survenu à la gendarmerie de Grenoble et l’utilisation de « techniques de sabotages », maîtrisées par le ou les incendiaires.

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Mais le fait de viser des familles tranche avec les actes jusqu’alors revendiqués par l’ultra gauche. « Il y a eu là la volonté de s’en prendre non pas à la gendarmerie en tant qu’institution, mais aux gendarmes et à leurs familles », a souligné Jean-Yves Coquillat.

Ce qui a vivement marqué les familles, c’est que sur le portail de la caserne, un cadenas a été installé par le ou les auteurs de cet incendie criminel. « Probablement pour gêner l’intervention des secours », selon le parquet de Grenoble. Ou pour empêcher les familles de gendarmes de sortir.

La protection des familles et des personnels renforcée

« Il y a des craintes légitimes au sein des gendarmes et de leurs familles. Mais cela ne les détourne pas de leur mission première de service public qui est de protéger les personnes et les biens », a souligné le commandant du groupement de gendarmerie de l’Isère Yves Marzin. La protection du personnel de Meylan a été renforcée et une cellule psychologique a été proposée aux gendarmes et aux familles qui en auraient besoin.

Ce jeudi, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a condamné « avec la plus grande fermeté cet acte criminel qui aurait pu avoir des conséquences humaines dramatiques ». « Tous les moyens sont mobilisés pour que les auteurs de ces actes aient à en répondre devant la Justice », a-t-il assuré ce jeudi dans un communiqué.