Au procès d'Abdelkader Merah, les témoignages bouleversants des proches des victimes

PROCÈS Abdelkader Merah, frère du « tueur au scooter » comparaît depuis plus de trois semaines devant la cour d’assises spécialement composée de Paris…

Hélène Sergent

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Samuel Sandler a perdu son fils et deux de ses petits-enfants dans l'attaque contre l'école juive Ozar Hatorah.
Samuel Sandler a perdu son fils et deux de ses petits-enfants dans l'attaque contre l'école juive Ozar Hatorah. — ERIC FEFERBERG / AFP
  • Abdelkader Merah est poursuivi pour « complicité d’assassinats » devant la cour d’assises spécialement composée de Paris.
  • Son frère cadet, Mohamed Merah, a tué sept personnes à Toulouse et Montauban en mars 2012.
  • Abdelkader Merah encourt la peine de prison à perpétuité.

La veille, la cour d’assises spécialement composée a longuement entendu Abdelkader Merah. Accusé de « complicité d’assassinats », le grand frère de Mohamed Merah a pu, à quatre reprises, s’exprimer sur les faits reprochés. Ce mercredi matin, l’audience a donné la parole aux proches des victimes du tueur toulousain. Frères, sœurs, parents, beaux-parents et amis ont dit « l’enfer » de la perte, « la brutalité » du deuil, « l’écœurement » face aux loupés des services de renseignement.

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Une « douleur permanente »

Il y a d’abord, les corps meurtris. Celui de Loïc Liber, seul militaire à avoir survécu à Mohamed Merah. Présent aux côtés de ses amis du 17e régiment de parachutistes, il a reçu une balle qui lui a touché les cervicales. Le jeune homme est aujourd’hui tétraplégique. Entendu par la cour par visioconférence - il est toujours hospitalisé - il a décrit le « combat » qu’est devenue sa vie depuis le 15 mars 2012. « Je ne respire plus seul, j’ai un stimulateur (…) le fait de ne plus pouvoir remarcher m’est insupportable. Dès mon réveil, j’ai des douleurs qui m’obligent à prendre une forte dose de médicaments », décrit-il.

Puis celui de cette sœur, Ahlem Legouad, victime d’un infarctus après l’assassinat de son frère cadet militaire, Mohamed Legouad : « J’avais dit à mon médecin que je ne comptais pas aller au procès chaque jour. Puis je suis restée ». Le corps aussi de ce garçonnet qui n’a jamais connu son père Abel Chennouf, mort quelques semaines avant sa naissance. « A cause du choc subi intra-utéro, il a développé une pathologie aux yeux. Il a des mouvements horizontaux incontrôlés depuis, c’est devenu un autre combat », raconte sa grand-mère.

« Je ne peux plus vivre »

À la détresse des corps, s’ajoute celle des esprits : « Mon mari, qui est dans la salle et ma fille ont toujours été à mes côtés (…) ils m’ont sortie du gouffre quand j’ai pensé à rejoindre Imad », confie en larmes la sœur unique du militaire Ibn Ziaten, première victime de Merah.

Caroline Chennouf, veuve d’Abel Chennouf, n’a pas pu parler. Elle s’est effondrée à son arrivée dans la salle. C’est sa mère qui a pris la parole, « pour elle » : « Après la naissance du petit, ma fille m’a dit "Je ne peux plus vivre". Elle a pris des cachets, je les lui ai sortis de la bouche, je lui ai dit : "tu as un fils ! il faut continuer !" ».

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« J’ai sombré après la mort de mon frère, j’ai découvert un autre monde : celui de la dépression, des psychiatres, psychologues et neurologues depuis cette maudite date du 15 mars 2012 », a éclaté Khadila Legouad, autre sœur de Mohamed Legouad. Face aux magistrats, les familles des sept victimes assassinées en mars 2012 par Mohamed Merah ont également livré leur colère.

Colère face à la brutalité des enquêteurs toulousains qui penchent un temps vers la piste du règlement de compte. Colère face à la maladresse des employés de la morgue aussi. Et colère contre cet accusé dans le box qu’ils refusent de nommer et que tous jugent « complice idéologique » de son frère.

« Ce n’est qu’un petit Eichmann de quartier »

« Je suis révolté quand il dit ouvertement qu’il n’adhère pas aux lois de la République ! Ça me révolte parce qu’il a ses propres lois, il fait la distinction entre ses propres lois et les lois de la société civile et cette distinction est dangereuse, pernicieuse, elle ouvre à la terreur », a lancé à la cour Hatim Ibn Ziaten, aîné de la fratrie.

« Ce n’est qu’un petit Eichmann de quartier », a lâché plus tôt Samuel Sandler, père de Jonathan Sandler et grand-père d’Arié et Gabriel Sandler, assassinés devant le lycée juif Ozar Hatorah.

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Colère aussi de voir la religion musulmane que certains pratiquent, « dévoyée » : « Cet islam-là, je ne le connais pas (…) Ça c’est pas l’islam, c’est une couverture pour leur religion qui s’appelle terrorisme », analyse Ahlem Legouad, grande sœur de Mohamed Legouad.

À la douleur écrasante se sont aussi substitués l’amour, la tendresse et les souvenirs des proches disparus. Brandissant à la cour une photo de son petit-fils né après l’assassinat d’Abel, son père Albert Chennouf a conclu : « Les Merah ont tué mon fils mais ils ne tueront pas l’amour ! L’amour est plus fort que la mort, et nous, on a choisi l’amour ».