Qui est vraiment la mère des frères Merah, énigme omniprésente du procès?

PROCÈS Zoulikha Aziri, mère de la fratrie Merah, doit être entendue mercredi par la cour d’assises spécialement composée de Paris dans le cadre du procès d’Abdelkader Merah…

Hélène Sergent
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Zoulikha Aziri, mère de la fratrie Merah, est entendue le 18 octobre par la cour d'assises spéciale de Paris.
Zoulikha Aziri, mère de la fratrie Merah, est entendue le 18 octobre par la cour d'assises spéciale de Paris. — ERIC FEFERBERG / AFP
  • Abdelkader Merah est poursuivi pour « complicité d’assassinats » devant la cour d’assises spécialement composée de Paris.
  • Son frère cadet, Mohamed Merah, a tué 7 personnes à Toulouse et Montauban en mars 2012.
  • Abdelkader Merah encourt la peine de prison à perpétuité.

On a tout entendu ou presque sur Zoulikha Aziri, la mère des frères Merah. Tout et son contraire sur cette mère « défaillante », « démissionnaire » qui jure n’avoir pas vu la radicalisation gangrener la fratrie. A 60 ans, cette Franco-Algérienne arrivée à Toulouse en avril 1981, doit être entendue ce mercredi après-midi par la cour d’assises spéciale de Paris. Depuis l’ouverture du procès il y a quinze jours, ses enfants, sa belle-fille, une amie et son petit-fils ont dressé le portrait d’une femme et d’une mère insaisissable.

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Une famille violente

Arrivée d’Algérie pour rejoindre son mari avec ses deux aînés - Souad et Abdelghani - Zoulikha Aziri subit pendant des années les accès de violence du père de ses enfants. Sur ces coups, ils n’en diront rien ou si peu : « Oui, mon père battait ma mère », a reconnu Aïcha Merah. Abdelkader, lui, idéalise : « Pour moi c’était parfait, il y avait tout ce qu’il fallait (…) On ne peut pas comparer la culture algérienne et la culture occidentale. L’amour entre mes parents passait par de petits gestes, des phrases concises ». En février 1992, elle quitte le domicile familial avec ses cinq enfants pour s’installer dans un foyer puis finit par demander le divorce. A cette époque, Mohamed Merah, le petit dernier, n’a pas encore cinq ans.

Puis, les enfants sont unanimes : après le divorce vient le chaos. La violence, aussi exercée par les oncles maternels, selon Aïcha Merah, s’installe durablement. Abdelghani, l’aîné des garçons sombre dans l’alcool, frappe ses frères et sœurs. Puis Abdelkader prend le relais, tyrannise ses proches. Mohamed Merah suit « l’exemple ». A plusieurs reprises, Abdelkader est placé en foyer. L’aide sociale à l’enfance intervient. En avril 2003, Zoulikha Aziri lance un appel au secours au juge pour enfants : « la violence de mon fils est telle que je me trouve dans l’incapacité d’y faire face ». « Ma mère n’était plus capable de nous élever en fait », conclut Aïcha.

Pieuse, antisémite, menteuse 

De victime, Zoulikha Aziri se mue parfois en bourreau. Anne C., l’ex-femme d’Abdelghani, cotoie la famille depuis 1994. Si elle reconnait avoir vu la mère de famille avec des « griffures, des bleus », elle ajoute : « Mais je l’ai aussi vue frapper Mohamed avec un câble un jour ». La belle-fille accable Zoulikha Aziri : « J’avais 16 ans quand, pour la première fois, la mère d’Abdelghani m’a traitée de 'sale juive' et m’a craché dessus (…) C’est aussi la pire menteuse que j’ai rencontré dans ma vie ». Aïcha et Abdelkader nient le climat antisémite entretenu dans le foyer mais reconnaissent le sentiment « anti-français » parfois ouvertement formulé dans l’appartement.

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Sur la religion, une amie la décrit comme « pieuse, lisant le Coran tous les jours, faisant les prières ». Abdelghani lui, assure que ses parents n’ont jamais « obligé » les enfants à prier : « Ma propre mère me donnait à manger en cachette quand je refusais de faire le ramadan ». Remariée à Mohamed Essid [le père de Sabri Essid, un djihadiste français connu des services], la mère des frères Merah entretient avec les uns et les autres des relations houleuses, distendues.

« Mon fils il est innocent »

Au-delà de sa pratique de l’islam et de ses carences éducatives, c’est sa réaction aux tueries de son cadet, Mohamed Merah, qui suscite d’immenses interrogations. Une amie interrogée mardi 17 octobre par la cour dira : « Quand son fils est décédé, je ne l’ai pas vue verser une larme (…) c’était mélangé dans sa tête ». Le soir du siège au domicile de Mohamed Merah, celui-ci demandera à « parler à sa mère », a révélé l’ancien patron du Raid. Zoulikha Aziri refusera. Informée des voyages de son fils au Pakistan et présente lorsque Souad ou Mohamed visionnent des vidéos salafistes radicales dans son salon, elle maintient n’avoir rien vu venir.

Le jour de l’ouverture du procès après sa convocation délivrée, la mère avait clamé l’innocence de son fils Abdelkader : « Mon fils, il est innocent, il y est pour rien. Voilà. Il y est pour rien Abdelkader ! (…) Je suis désolée pour Mohamed Merah. Qu’est ce qu’il a fait c’est pas bien. C’est pas bien ce qu’il a fait, je suis pas d’accord. C’est pas bien de tuer des gens comme ça. On n’est pas des terroristes, on n’est pas des gens qui tuent. L’islam il fait pas comme ça ».