Procès d'Abdelkader Merah: «Je l’ai vu les achever comme des chiens»... Les témoins replongent dans l'enfer de la tuerie

JUSTICE Au 8e jour du procès d’Abdelkader Merah et Fettah Malki, la cour d’assises spécialement composée de Paris a longuement entendu les lycéens, parents et voisins présents le 19 mars 2012, jour de la tuerie de l’école juive Ozar Hatorah à Toulouse…

Helene Sergent

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Des familles d'élèves aux abords du collège juif Ozar Hatorah à Toulouse, le 19 mars 2012.
Des familles d'élèves aux abords du collège juif Ozar Hatorah à Toulouse, le 19 mars 2012. — LANCELOT FREDERIC/SIPA
  • Abdelkader Merah et Fettah Malki comparaissent respectivement pour «complicité d’assassinat» et «recel d’armes, de munitions et d’un gilet pare-balles».
  • Ils sont suspectés d’avoir aidé Mohamed Merah à commettre les tueries de Toulouse et Montauban en mars 2012.
  • Sept personnes ont été tuées, trois militaires, un enseignant juif, ses deux enfants et une fillette.

Kippa grise sur la tête, lunettes rondes et visage poupon, Dovan attrape discrètement le paquet de mouchoirs tendu par l’un de ses amis sur le banc des parties civiles puis s’avance à la barre. Ce mercredi, les magistrats chargés de juger les complices présumés de Mohamed Merah ont longuement écouté les récits brisés d’adolescents, de parents et de voisins qui ont croisé la route et le regard du « tueur au scooter ».

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Dans l’enceinte du tribunal, tous ont évoqué la « sidération », les interrogations, la culpabilité et l’impossibilité de vivre provoquées par l’assassinat de Myriam Monsonégo, Jonhatan, Gabriel et Arié Sandler devant l’enceinte du lycée juif Ozar Hatorah le 19 mars 2012 à Toulouse.

« Myriam, cours ! Cours ! »

Dovan, 20 ans, n’a pas prononcé deux phrases et déjà, sa voix se casse, son débit rapide s’interrompt. Chargé avec son ami Bryan de surveiller la fillette du directeur qui doit être emmenée par une navette à l’école primaire, il raconte : « J’ai cru que c’était des feux d’artifice, j’ai levé la tête, j’ai vu qu’il y avait un arc-en-ciel. J’ai baissé la tête et là je l’ai vu, il était à 4-5 mètres de moi (…) j’ai regardé Bryan, j’étais tétanisé, je ne savais pas quoi faire. Il s’est mis à courir alors j’ai couru et j’ai réalisé qu’on avait laissé la petite devant. J’ai crié 'Myriam cours ! Cours !', elle a couru puis elle est retournée en arrière parce qu’elle avait fait tomber son cartable.  J’ai vu Bryan tomber, Myriam tomber ».

Son ami, touché au thorax, restera 10 jours en réanimation. La petite, elle, est morte sur le coup achevée d’une balle dans la tête par Mohamed Merah. « Il était parti, j’ai pris Myriam dans mes bras, j’ai retourné son visage… À l’époque j’avais 15 ans ! Je savais pas faire de massage cardiaque, on m’a jamais appris », souffle le jeune homme. Un désarroi partagé par André S., père d’enfants scolarisés au collège-lycée Ozar Hatorah. Costume impeccable, cheveux grisonnants, l’homme décrit la même horreur.

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« Ce jour-là, j’étais presque devant le portail de l’école avec mes enfants dans la voiture. J’ai entendu des coups de feu, des bruits de pétard, je pensais que c’était des pétards. Puis j’ai vu un homme arme au poing, tirer en rafale, je l’ai vu tuer monsieur Sandler et son fils (…) je l’ai vu les achever comme des chiens par terre, il a sorti une autre arme et il a tiré, leurs corps sautaient sur le sol ».

« Pourquoi ? Parce qu’on est juifs »

Les témoignages s’entremêlent, certains peinent à recoller les souvenirs. Alain M., 71 ans était chez sa fille ce matin-là pour garder son petit-fils. La maison fait face au lycée. « J’étais dans le salon, j’ai entendu des pétards (…) ma fille a regardé, elle m’a dit : 'Y’a un type qui tire partout !' ». L’homme s’approche de la fenêtre. Les scènes qu’il observe se mélangent : « Je l’ai vu prendre par les cheveux ce que j’ai identifié comme une gamine et je l’ai vu tirer dans la tête quasiment à bout portant (…) dans la sidération je ne sais pas ce qu’il s’est passé après, est-ce qu’il a commencé par tuer dehors ? Puis dedans ? Je suis incapable de le dire, c’est trop fort ».

Bryan, lui, n’a pas pu franchir la porte du tribunal. L’adolescent blessé par Merah est absent. « C’est impossible pour lui, c’est au-dessus de ses forces de se retrouver devant les complices de son agresseur », a expliqué son avocat. Un traumatisme que tous appréhendent désormais au quotidien. « C’est dur, quand un scooter passe trop vite à côté de moi, quand j’entends des pétards, ça fait tout remonter », témoigne Dovan. Restent les interrogations, le poids du souvenir difficile à porter pour les enfants rapporte André S : « Mes enfants ont peur de tout. Ils ont détruit ma famille psychologiquement (…) Ils se posent des questions tous les jours : Pourquoi… ? Parce qu’on est juifs ».

Le procès d’Abdelkader Merah et de Fettah Malki doit se poursuivre jusqu’au 3 novembre.