Afrique du Sud: Les «frigos volants», tradition du Nouvel An dans un quartier chaud de Johannesburg

INSOLITE Les habitants jettent leurs vieux meubles et appareils électroménagers par la fenêtre...

© 2011 AFP

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La police du quartier chaud de Hillbrow, à Johannesburg, sera de nouveau en alerte pendant la nuit du Nouvel An, pour tenter d'éviter les accidents causés par une "coutume" désormais incontournable: le jet de meubles et d'appareils électroménagers usagers par les fenêtres
La police du quartier chaud de Hillbrow, à Johannesburg, sera de nouveau en alerte pendant la nuit du Nouvel An, pour tenter d'éviter les accidents causés par une "coutume" désormais incontournable: le jet de meubles et d'appareils électroménagers usagers par les fenêtres — Alain Jocard afp.com

Dans le quartier chaud de Hillbrow, à Johannesburg (Afrique du Sud), on ne brûle pas des voitures au Nouvel An, mais on jette des meubles et des appareils électroménagers usagers par les fenêtres. Cette «coutume» désormais incontournable sera ainsi surveillée de près par les autorités cette année.

Des hélicoptères, des engins anti-émeutes et des unités spéciales de la police sud-africaine seront déployés dès la tombée de la nuit dans ce quartier connu également pour ses régulières flambées de violence. Chaque année, quelques personnes sont blessées par la chute d'objets dans la nuit du 31 décembre.

«Nous jetons les vieux trucs, parce que nous en avons des neufs»

«Nous jetons les vieux trucs, parce que nous en avons des neufs», explique Dickens Patwell, 24 ans, réparateur d'ordinateurs, qui se rappelle avoir jeté un lit par dessus son balcon il y a quelques années. «Les gens se débarrassent de beaucoup de choses, des appareils électriques, micro-ondes, fours, téléviseurs», précise James Thomas, 26 ans, Zimbabwéen comme son ami Dickens.

En 2009, une petite fille de 11 mois a été blessée à la tête par une brique, et neuf personnes hospitalisées au total. L'an dernier, les jets d'objets ont été accompagnées de caillassage des patrouilles de police. Bilan: quatorze blessés. Beauty Dube, une Sud-Africaine qui vit à Hillbrow depuis seize ans, restera chez elle avec sa famille pendant la nuit de l'An. «Ceux qui sont blessés sont ceux qui sont ivres», assène-t-elle

James Thomas confirme que le but n'est pas de blesser qui que ce soit. «On sait que personne ne sortira. Mais nous, on crée du travail pour les gens», assure-t-il, en référence aux dizaines de ferrailleurs et autres collecteurs de produits recyclables qui sillonnent les rues de Johannesburg toute l'année.

Un ancien «quartier latin»

Hillbrow, pourtant, a connu son heure de gloire. D'abord quartier cosmopolite blanc, il est devenu multiracial dans les années 1980. On a parlé de «quartier latin», où Noirs et Blancs sud-africains ont voulu vivre ensemble et défier la loi du régime raciste au pouvoir. On y écoutait de la musique tard la nuit dans des cafés bondés.

Mais au début des années 1990, les prix de l'immobiliers se sont effondrés, la criminalité a augmenté, les librairies et les disquaires ont fermé, les restaurants ont déménagé vers d'autres banlieues et les Blancs sont partis peu à peu. Aujourd'hui, Hillbrow est notamment devenu un refuge pour les dizaines de milliers d'immigrants venus des autres pays africains. Les autorités savent que des trafiquants de drogue nigérians et des hommes recherchés pour le génocide ruandais s'y cachent.

«On ne sait jamais ce qui va se passer cette année»

Cette année, la police a prévu de déployer les grands moyens pour éviter les débordements. «Plusieurs unités vont être déployées: des unités canines, des hélicoptères, la police montée, la police anti-émeute», explique le porte-parole de la police provinciale Tshisikhawe Ndou. Des centres de soins seront également installés autour du quartier pour traiter en urgence les éventuels blessés.

Certes, la situation s'est un peu calmée depuis quelques années, mais la police reconnaît qu'il est difficile d'anticiper les comportements lors de la nuit du Nouvel an. «On ne sait jamais ce qui va se passer cette année», admet Tshisikhawe Ndou. Thomas, le Zimbabwéen, ne veut pas dire ce qu'il jettera cette année, mais il laisse entendre en souriant que quelques vieux objets pourraient voler depuis sa fenêtre: «Y'aura des trucs à jeter, mon vieux, des trucs qui sont plus sous garantie...»