Marseille : L’étonnante légende urbaine du vortex des Réformés

LES PORTES DU TURFU Attachez vos ceintures, il existerait à Marseille une porte menant vers d’autres univers. Une légende urbaine des années 90, ravivée par Internet, qui a inspiré des créations bien réelles

Alexandre Vella
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Zoom dans la voiture, flippant, nan !?
Zoom dans la voiture, flippant, nan !? — Alexandre Vella / 20 Minutes
  • Une légende urbaine fait état d’une porte spatio-temporelle ouvrant sur d’autres univers à Marseille.
  • Elle se manifesterait autour de l’église des Réformés.
  • Une légende popularisée dans les années 1990 par un auteur de science-fiction et ufologue aixois, qu’Internet a ravivée ces dernières années.

« T’as déjà entendu parler du vortex des Réformés ?
– Arrête, Halloween est dernière nous et j’ai passé depuis un certain temps l’âge de se raconter des histoires.
– Non, sérieusement. Tu sais, il y aurait une porte vers d’autres univers sur le parvis de l’église.
– Ah », me contentai-je de répondre, saisissant mon verre.

Car cette histoire se raconte volontiers, de préférence entre deux verres et sur un ton badin. « J’entends de temps à autre des clients en parler en terrasse, mais par bribes, parce que je suis occupée à les servir », raconte Sophie, onze ans de bar sur la place de ce quartier de Marseille. Les conversations ne vont toutefois guère plus loin. Pour approfondir le sujet, il faut remonter à l’initiateur de cette surnaturelle et paranormale légende urbaine qui rapporte de biens étranges témoignages.

« Un jardin » avec « des roses de 4 m de haut »

Dans un « documentaire » de sa collection Les portes du futur consacré aux vortex, réalisé en 1993, Jimmy Guieu, un prolifique auteur de seconde zone, ufologue et vidéaste, natif d' Aix-en-Provence, interviewe trois témoins. Une dame, cartomancienne et peintre, qui promenait son chien dans le quartier, témoigne s’être retrouvée subitement projetée avec son animal dans « un jardin » avec « des roses de 4 m de haut ». Deux autres personnes, deux hommes, font, eux, état d’une rencontre avec des entités « aux yeux verts, à l’aspect lumineux » alors que l’environnement semblait avoir été suspendu autour d’eux.

A la librairie ésotérique « le 3e millénaire » située un peu plus loin en ville, Bruno, qui tient la boutique depuis trente ans, s’en souvient bien. Lui se dit « sceptique » quant à ce vortex. Bruno a surtout lu, plus jeune, ces livres de science-fiction, dont il garde un souvenir mitigé. « J’avais trouvé ça assez d’extrême droite, enfin ça fait longtemps. Mais sur certains passages je me disais, ouais, c’est limite. » Ce jour-là, il est avec Jean-Pierre dans sa boutique. Lui, natif d’Éguilles, un village à deux pas d’Aix, a bien connu « Jimmy ». « Il ramenait les foules dans ses conférences », se souvient-il du haut de ses 74 ans. « Mais cela faisait bien longtemps qu’on n’avait pas entendu parler de cette histoire de vortex », soulignent-ils tous les deux. Pour cause, Jimmy Guieu est décédé le 2 janvier 2000 et le vortex des Réformés semble tomber avec lui dans l’oubli.

« Des gens un peu hallucinés, quoi »

C’était sans compter sur Internet où des fans ou des amateurs de « recherches paranormales » exhument et publient les vidéos de Jimmy Guieu. Quelques blogs rapportent également des témoignages plus récents. C’est en « découvrant la vidéo avec un pote » que Samy, a décidé du nom de son média : Le Vortex. Le projet est lancé en 2014 et « ce devait être un fanzine mais c’est plus devenu un agenda de concerts de la scène indé », raconte le jeune trentenaire qui a longtemps vécu aux Réformés et a aujourd’hui quitté la ville. « Ces vidéos, sont un peu un mélange entre les émissions Strip-tease et Mystères, des gens un peu hallucinés quoi ».

Comme Samy, Patrice Curtillat a longtemps vécu aux Réformés et a choisi de s’inspirer de cette légende pour ses créations. Le musicien de 46 ans a pris comme nom de scène Bill Vortex, en référence à cette légende urbaine et compose une musique électronique assez pointue. « Je ne sais plus exactement comment j’en ai entendu parler la première fois. Sans doute avec des amis. » Lui retient le côté « comique » de cette histoire. « Jimmy Guieu, c’est un peu l’esbroufe quand même et quand on s’intéresse au personnage, ça devient plus folklorique et nettement moins drôle. »

« Marseille, c’est un peu une ville de déglingués quand même »

Pour autant cette légende urbaine continue visiblement de vivre à Marseille. « Pas tant dans le milieu de la nuit que dans le milieu alternatif, vaguement underground », estime le musicien qui veut croire à « une part de magie » dans ce monde. « Marseille, c’est un peu une ville de déglingués quand même », commente pour sa part Samy, sur la longévité d’une telle légende, pour ne part dire blague. « Il y a beaucoup de fous à Marseille, et particulièrement dans ce quartier », conclut le jeune homme.

Le vortex à encore de beaux jours devant lui.