San Francisco s'engage contre les appels racistes à la police

RACISME La ville signe une loi donnant le droit aux citoyens de poursuivre les personnes qui appellent la police pour des motifs disciminatoires 

Maureen Songne

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Les appels racistes à la police seront désormais condamnables à San Francisco
Les appels racistes à la police seront désormais condamnables à San Francisco — ImageSpace/Sipa USA/SIPA

Il ne sera bientôt plus possible d’appeler la police pour des motifs racistes à San Francisco, en Californie. Le conseil de surveillance de la ville a adopté à l’unanimité la loi Caren, qui rend illégal le fait d’appeler la police, pour une plainte motivée par des critères raciaux. Après un second vote prévu cette semaine, la loi permettra à quiconque s’étant sentie victime de discrimination à la suite d'un appel aux autorités de porter plainte au civil contre la personne ayant passé le coup de fil.

Cette loi s’inscrit dans un contexte d’éveil des consciences sur les questions raciales aux Etats-Unis, dans un pays encore ébranlé par l’assassinat de George Floyd par la police de Minneapolis. Elle intervient également alors que des villes comme San Francisco réévaluent la manière dont leurs services de police interagissent avec les personnes racisées, ciblées de manière disproportionnée par les forces de l’ordre.

« Nous ne voulons pas que ce qui est arrivé à Emmett Till en 1955, ou que la longue histoire de fausses accusations portées contre les hommes et les garçons noirs dans ce pays […] ne se reproduise à nouveau. Je tiens vraiment à souligner que le 911 n’est pas une ligne de service clientèle destinée à servir le comportement raciste d’autrui », a déclaré Shamann Walton, membre du conseil de surveillance de San Francisco à l’origine de la loi. Il faisait référence à Emmett Till, jeune ado noir de 14 ans, torturé à mort en 1955 à la suite des accusations d’une femme blanche, qui avouera avoir menti.

Un nom choisi avec soin

Non restreinte à la discrimination raciale, la loi s’applique aussi aux discriminations basées sur le sexe, l’âge, la religion, le handicap… Mais c’est surtout son nom, Caren Act, qui marque les esprits. C’est une référence au mème de la « Karen » : sur la Toile, une Karen est une femme blanche d’âge moyen qui a l’impression que tout lui est dû et que tout lui est permis, surtout lorsqu’il s’agit de se plaindre des personnes racisées.

Voici la définition, adaptée à 2020, qu’en donne le New York Times dans un article consacré au phénomène : « Une Karen erre dans les restaurants et les magasins, souvent sans masque en cette période de coronavirus, en crachant son venin et en appelant les autorités pour dénoncer d’autres personnes, généralement de couleur, ce qui les met souvent en danger »…

Une expression du langage commun

Cela peut paraître étrange pour un lecteur français peu habitué au terme, mais il est très commun aux Etats-Unis que les frasques d’une « Karen » se retrouvent largement commentées sur les réseaux sociaux.

Récemment en mai, une vidéo montrant une femme blanche à New York, appelant la police après qu’un homme noir amateur d’oiseaux lui avait poliment demandé d’attacher son chien, est devenue virale sur Twitter. Dans la vidéo, celle-ci appelle au secours, en mimant de la détresse, et demande à ce qu’on lui envoie la police car elle se sent « menacée » par l’ornithologue, qui lui demandait juste de respecter la règle en vigueur dans le parc. Elle a depuis été poursuivie pour dénonciation calomnieuse.

San Francisco n’est pas en reste. En juin dernier, un couple de Blancs a été critiqué sur les réseaux sociaux après la diffusion d’une vidéo largement relayée dans laquelle on les voit interroger un homme Philippino-américain en train de dessiner au pochoir « Black Lives Matter » sur sa propre clôture, devant sa maison. Ils ont ensuite appelé la police.

Les Karens contre-attaquent

Quelques voix se sont tout de même élevées pour critiquer le nom de la loi, jugé sexiste. Le conseil de San Francisco a reçu huit plaintes, dont la plupart proviennent de personnes s’appelant Karen, sous différentes orthographes. Elles ont dénoncé un « terme de rejet des femmes blanches d’âge moyen », le trouvant même carrément raciste.

« Oui, je m’appelle Karen et je condamne régulièrement les injustices. Pourrions-nous donc essayer de trouver un autre acronyme qui ne dénigre pas tout un groupe de personnes qui s’appellent Karen/Caryn/Caren ? » a demandé l'une d'entre elles. Ces plaintes ont été balayées par le conseil de surveillance de San Francisco qui considère que le « Caren Act » ne fait référence à aucun individu en particulier.