Mort de George Floyd : Avant Minneapolis, une autre ville a réformé sa police de fond en comble

SECURITE Classée parmi les villes les plus dangereuses du pays, Camden a pris des mesures qui ont drastiquement fait chuter la criminalité

Maureen Songne

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Des policiers de la nouvelle police du compté de Camden en patrouille, 26 mai 2017
Des policiers de la nouvelle police du compté de Camden en patrouille, 26 mai 2017 — TIMOTHY A. CLARY / AFP

Les images sont devenues virales. Samedi dernier, le maire des Minneapolis, Jacob Frey, était hué par des manifestants après avoir dit qu’il ne désirait pas couper les financements alloués aux forces de police. Car aux Etats-Unis, plus de deux semaines après la mort de George Floyd, asphyxié par la police, les manifestants descendent encore dans la rue pour lui rendre hommage et dénoncer les violences policières racistes, des hommages se muant en revendications politiques fortes.

L’une de ses revendications ? « Defund the police », ou couper les financements des forces de l’ordre. Ce slogan, devenu un véritable cri de ralliement ces dernières semaines lors des manifestations, a incité dernièrement certaines villes à agir.

Parmi la décision la plus emblématique, celle votée dimanche par le conseil municipal de Minneapolis, qui contrôle le budget des forces de l’ordre. Le conseil municipal s’est engagé à démanteler la police de la ville pour instaurer à la place un nouveau système de sécurité publique, sans plus de détails. Des plans plus précis, conçus en collaboration avec la communauté locale, seront annoncés dans les prochaines semaines. Ailleurs dans le pays, les autorités des villes de Denver, New York et Portland annoncent elles aussi leurs intentions, plus modestes, de réformer leur police.

Ce n’est pas la première fois qu’une municipalité prend une telle initiative. Une ville du New Jersey s’est démarquée il y a quelques années en prenant de véritables mesures pour améliorer sa police, et les bénéfices sont visibles aujourd’hui. Pendant sept ans, le commissariat de Camden a entrepris des réformes parmi les plus poussées du pays. En 2013, la ville est alors synonyme de criminalité et compte parmi les taux d’homicides le plus haut dans le pays. Face à ce constat, le chef de la police, Scott Thomson, souhaite engager plus d’agents mais se retrouve les mains liées faute de budget, explique Bloomberg.

Moins d’homicides, plus de confiance

L’année suivante, le service de police de la ville est dissous puis remplacé par un nouveau en contrat avec le comté de Camden. La ville obtient au final plus d’officiers, mais à un salaire inférieur, selon Newsweek.

Scott Thomson, qui mène cette transition de 2013 à 2019, indique à Bloomberg que cette augmentation du nombre d’officiers sert une tactique ayant pour but de restaurer la confiance entre les résidents et les officiers de la ville. Conséquence, les interactions non violentes entre la police et les habitants de Camden auraient augmenté.

Les autres mesures comprenaient une formation à l’usage de la force, plus particulièrement de désamorçage de situation à risques, l’utilisation de plus de caméras mobiles et l’installation de détecteurs de coups de feu dans la ville.

Camden, un modèle ?

L’année dernière, le département de la police de Camden a adopté une politique sur le maintien de l’ordre intimant à ses agents de ne faire usage de force létale – par étranglement ou une arme – que dans des situations spécifiques où toute autre forme d’intervention a été épuisée. Dans le manuel de 18 pages, il est aussi inscrit qu’un policier témoin d’agissements violents venant d’un collègue se doit d’intervenir.

Plusieurs années après le début de la refonte du service de police de Camden, les résultats sont là. Avec des relations entre police et habitants plus apaisées, les plaintes pour recours excessif à la force ont chuté de 95 % depuis 2014. La criminalité a elle aussi chuté avec 67 homicides en 2012 et 25 en 2019. Des activistes locaux affirment tout de même que les relations entre la police et la communauté pourraient encore être meilleures, ces derniers dénoncent une augmentation significative des arrestations et des amendes concernant des délits.