Coronavirus : faute d'abattoirs ouverts, les éleveurs américains tuent des millions d'animaux dans leur ferme

ETATS-UNIS En raison de l’activité ralentie des usines de transformation de viande, des millions de bêtes ont été abattues par étouffement

M.S.

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Un boucher dans un supermarché , Oklahoma, Etats-Unis
Un boucher dans un supermarché , Oklahoma, Etats-Unis — Sue Ogrocki/AP/SIPA

Aux Etats-Unis, les dommages causés par le coronavirus ne cessent de s’accumuler. Du fait des mesures de confinement et de distanciation sociale, plus de vingt abattoirs ont été forcés de fermer à travers le pays. Conséquence, les fermiers choisissent de « dépeupler » leurs fermes, un euphémisme désignant l’abattage massif de leurs animaux.

Plus de deux millions d’animaux auraient déjà été abattus et ce nombre devrait augmenter, rapporte le Guardian. Controversée, la méthode d’abattage approuvée est la suffocation par obstruction des voies respiratoires ou l’arrêt de la ventilation des fermes.

« Gaspillage alimentaire »

Dans l’Iowa, l’état le plus gros producteur de porc dans le pays, les autorités avertissent déjà les fermiers qu’ils devront tuer jusqu’à 700.000 bêtes par semaine à cause des fermetures d’établissements de transformation de viande. Par manque de main-d’œuvre, 2 millions de poulets ont été tués dans plusieurs fermes du Delaware appartenant à Delmarva Poultry Industry.

« Avec un personnel réduit, de nombreuses usines ne sont pas en mesure de traiter les poulets au rythme qui était prévu avant la mise en place de mesures de confinement et distanciation sociale » indique le communiqué de l’entreprise. Le porte-parole de l’entreprise à tout de même annoncé au Washington Post qu’il ne s’agissait que d’une perte de 0,3 % de la production totale de Delmarva. « Donc, tout effet sur la disponibilité du poulet est très, très limité » précise-t-il.

Le président de Tyler Foods lui, un des plus grand établissement de transformation de viande du pays, tire la sonnette d’alarme après la fermeture de plusieurs de ses usines à travers le pays. Des cas de Covid-19 ont été détectés dans l’une d’entre elles.

« En plus des pénuries de viande, il s’agit d’un grave problème de gaspillage alimentaire. Les agriculteurs du pays entier n’auront tout simplement aucun endroit où vendre leur bétail, alors qu’ils auraient pu nourrir le pays. Des millions d’animaux – poulets, porcs et bovins – seront dépeuplés [NDLR : abattus] en raison de la fermeture de nos usines de transformation de viande. La chaîne d’approvisionnement alimentaire se brise » déclare John Tyson dans une note de blog.

Des méthodes d’abattage critiquées

Une association de défense animale, Mercy for Animals, a sévèrement critiqué les méthodes d’abattage destinées à ces animaux, jugées « inhumaines ». La première méthode consiste à recouvrir les poulets d’une couche de mousse qui va bloquer leurs voies respiratoires, les étouffant progressivement en plusieurs minutes quand la seconde méthode requiert de simplement couper la ventilation.

« L’arrêt des systèmes de ventilation signifie que les animaux meurent d’une défaillance des organes en raison d’une surchauffe de leur corps, car les températures augmentent rapidement dans ces conditions » dénonce dans une lettre destinée aux producteurs de viande l’association Mercy for Animals.

Mardi dernier, le président Donald Trump a émis un décret permettant de garder ouvert les abattoirs et usines de transformation de viande, ce qui pourrait selon permettre de résoudre les problèmes de l’industrie de la viande.