Coronavirus : Comment de grandes entreprises américaines profitent des aides destinées aux petits commerçants

ETATS-UNIS A la suite de pressions de la part de lobbyistes, de grandes chaînes de restaurants ont pu bénéficier d’un programme de prêt d’urgence réservé normlement aux petites enseignes

Maureen Songne

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La populaire chaîne de fast-food Shake Shack a annoncé vouloir rendre l'argent emprunté grâce au fond d'urgence
La populaire chaîne de fast-food Shake Shack a annoncé vouloir rendre l'argent emprunté grâce au fond d'urgence — Alex Tai/SIPA
  • Pour soutenir l’économie fortement impactée par l’épidémie du Covid-19, le gouvernement américain a voté fin mars un plan d’aide historique de deux mille milliards de dollars.
  • Dans ce plan d’aide, le «Paycheck Protection Program», permettait dès le 3 avril aux petits commerces de bénéficier de prêts à taux d’intérêt de 1 %, pour éviter à tout prix qu’ils ne mettent la clé sous la porte.
  • De nombreux médias américains ont révélé ces derniers jours que de gros industriels ont pu bénéficier de ces aides grâce à un lobbying intense, au contraire de nombreux petits commerçants.

Comme ailleurs dans le monde, les mesures de confinement et de distanciation sociale mises en place pour ralentir la progression de la pandémie du Covid-19 touchent de plein fouet les commerces aux Etats-Unis, privés de revenus pour ceux qui ont été obligés de fermer, ou bien subissant d'énormes pertes.

Cette semaine, la populaire chaîne de fast-food Shake Skack a défrayé la chronique après avoir annoncé vouloir rendre les 10 millions de dollars empruntés grâce au programme d’urgence mis en place par le gouvernement. Un plan d’aide de 350 milliards de dollars destinés aux petits commerces a été mis en place, et a au final largement été utilisé... par de grandes entreprises, laissant de nombreux entrepreneurs sur le carreau. 

Le PDG de l’entreprise a déclaré ce lundi dans une interview à CNN avoir au départ envisagé le programme comme une « excellente opportunité » pour les restaurants afin de se renflouer. Il a par la suite changé d’avis et remboursé le prêt après avoir entendu les témoignages de propriétaires de petites entreprises qui n’y avaient pas accès. « Cela n’avait pas l’air juste. Il est devenu très clair que le programme est sous-financé et n’est pas conçu pour que tout le monde y gagne », d'après lui.

Quel est ce programme d’aide ?

Un plan d’aide historique de 2.000 milliards de dollars a été voté fin mars au Sénat pour relancer l’économie américaine, durement frappée par le coronavirus. Parmi les mesures, des aides versées directement aux Américains, plus de moyens pour les hôpitaux et des prêts à destination des petites entreprises.

C'est justement l'utilisation de ces prêts qui est aujourd’hui mise en cause. Depuis le 3 avril, les petites entreprises peuvent demander à avoir accès au Paycheck Protection Program (PPP). Ce programme de prêt, à taux d'intérêt de 1%, est destiné à soutenir les entreprises afin qu’elles puissent survivre à cette difficile conjoncture économique et surtout, les aider à garder leurs employés actuels ou à réembaucher ceux qui ont été licenciés.

Bien que destinés aux entreprises fragiles, beaucoup d’autres peuvent y prétendre, la condition étant de compter moins de 500 employés. La limite initiale de l’enveloppe atteinte la semaine dernière,350 milliards de dollars, inquiète les commerçants n’ayant pas pu en bénéficier avant la fin des candidatures.

Lobbying décrié

Comme de nombreux  médias  américains l’ont révélé ces derniers jours, un certain nombre de grandes chaînes de restaurants et d’hôtels cotés en bourse ont pu avoir accès à cet argent censé aider les plus fragiles. Résultat d’une intense campagne de lobbying pour obtenir une exception, ces grandes chaînes de restauration ont pu obtenir jusqu’à 20 millions de dollars.

En dehors du secteur de la restauration, d’autres sociétés ont pu bénéficier du PPP. Dans l’énergie, une entreprise minière ainsi qu’un fabriquant d’éoliennes ont pu bénéficier de près de 10 millions de dollars chacun.

« L’objectif était de mettre de l’argent dans les poches des employés. En quoi est-ce important si l’on travaille pour une grande chaîne ou un petit restaurant ? » explique à CNN Jacob Vigdor, professeur de politique publique à l’Université de Washington, et pour qui l’écrasante bureaucratie américaine n’aurait pas permis de créer en urgence une commission indépendante et exempte des pressions de lobbyistes.

A la suite de cette politique du « premier arrivé, premier servi », de nombreux restaurants multiplient les appels à l'aide dans les médias. Le PDG de Shake Shack appelle désormais le gouvernement à augmenter les aides du Paycheck Protection Program. La présidente de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, a affirmé lundi qu’un nouvel accord serait en cours de négociation afin de débloquer des milliards de fonds d’urgence supplémentaires aux petites entreprises et aux services de santé.