Au Royaume-Uni, quand les salons de coiffure boycottent les tabloïds « toxiques »

BOYCOTT En réaction au décès de la présentatrice télé Caroline Flack, les salons de coiffures rejoignent la gronde générale contre les tabloïds

Maureen Songne

— 

Depuis la mort de la présentatrice télé Caroline Flack, les tabloïds sont sous le feu des critiques
Depuis la mort de la présentatrice télé Caroline Flack, les tabloïds sont sous le feu des critiques — kaleido-dp

Rien ne va plus pour les tabloïds au Royaume-Uni. Des dizaines de salons de coiffure à travers le pays ont pris la décision de bannir presse people et tabloïd de leurs étals, dans un refus de continuer à soutenir leurs « publications toxiques ». Un boycott qui intervient plusieurs jours après le suicide de Caroline Flack, présentatrice de Love Island, que beaucoup ont imputé à la néfaste couverture médiatique dont elle était victime.

De Londres à Édimbourg, le mouvement anti tabloïd a pris de l’ampleur chez les coiffeurs, qui comme alternative, préfèrent proposer à leur clientèle des titres moins incendiaires. A disposition, des magazines beauté, voyage, lifestyle… Pour Nicky Thompson, propriétaire d’un salon de coiffure à Londres, la nouvelle du suicide de la présentatrice télé a été un « choc ». C’est ainsi qu’il prend alors conscience du ton « très négatif » des couvertures de la presse people, systématiquement accompagnées de titres incendiaires écrits en lettres capitales.

Harcèlement en ligne

« Je me sens très concerné par le bien-être et la santé mentale de mon staff comme de mes clients et je ne veux pas ce genre de message soient ici » explique-t-il au Guardian. « J’espère juste que cela poussera ces journaux à réfléchir un peu plus sur ce qu’ils écrivent et le message que cela renvoie à ceux qui les lisent ».

L’initiative de ces propriétaires de salons de beauté et de coiffures, très applaudie sur les réseaux sociaux, s’est accompagnée de centaines de messages de soutiens.

Des tabloïds vivement critiqués

Loin de se cantonner à ces salons de beauté, le sentiment anti tabloïd ne fait que croître dans l’opinion publique au Royaume-Uni depuis le suicide de Caroline Flack. Pour rappel, la présentatrice a été ciblée de manière quasi quotidienne pendant deux mois par la presse à scandale suite à son arrestation en décembre pour l’agression présumée de son petit ami. La veille de son décès, le Sun publiait une info « exclusive » sur une carte de Saint-Valentin illustrée d’un dessin de la présentatrice avec comme message « Je vais te dégommer »… Un article que s’est empressé de supprimer la rédaction peu après le drame. Comme le reste des articles négatifs qui sont aujourd’hui introuvables sur le site.

Après le choc qu’a causé la mort de Caroline Flack, des milliers de messages d’internautes sensibilisant sur le harcèlement en ligne ont fleuri sous le hashtag #BeKind. Mais la conversation a surtout mis en lumière les dissensions existantes entre journalistes de la presse tabloïd – qui culmine dans les ventes – et journaliste de presse dites « sérieuse » sur l’exercice de leur métier. Entre informations incorrectes – voire fausses – publiées et harcèlement ciblé, les accusations sont lancées.

Ethique journalistique en question

« Je me suis réveillée sur de nombreux messages d’insultes ici. Bien que j’accepte que les journalistes soient détestés et donc les cibles des trolls, nous n’avons pas harcelé Caroline. Excepté une histoire horrible, nous l’avons soutenu jusqu’au bout récemment. Nous l’adorions » écrit sur Twitter Katie Hind, journaliste people au Mail on Sunday. Les jours suivant le décès de Caroline Flack, nombreux sont les journalistes de presse à scandale à avoir rappelé les forts liens d’amitié qu’ils entretenaient avec Caroline Flack face à l’avalanche de critiques à laquelle ils ont dû faire face.

De l’autre côté, des journalistes de la presse traditionnelle ont pointé du doigt le décalage entre les messages anti harcèlement affichés unanimement par les médias et leur mise en pratique quelques jours à peine après la mort de la présentatrice télé. « C’est la même chose chaque semaine. Les tabloïds publient des ragots incorrects, l’info est récupérée partout ailleurs, la personne ciblée rétablit la vérité, les articles originaux ne sont pas corrigés, le mal est fait » publie Omid Scobie, journaliste au Harpers Bazaar, avec comme exemple un article sur Meghan Markle, cible favorite des tabloïds.

Suite au décès de Caroline Flack, une pétition a été lancée par une de ses amies pour demander « des lois » protégeant mieux la vie privée « des célébrités et des personnes ». Elle rassemble aujourd’hui plus de 800.000 signatures.