Etats-Unis : Le capitaine d’un centre de détention pour immigrés clandestins lié à un site néonazi

MALAISE Travis Trey fréquentait le site néonazi Iron March et comptait développer le suprémacisme blanc dans sa région

Maureen Songne

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Un sticker anti-nazi à Charlottesville, lors d'une marche de protestation contre les suprémacistes blancs - 11 août 2018
Un sticker anti-nazi à Charlottesville, lors d'une marche de protestation contre les suprémacistes blancs - 11 août 2018 — Alex Edelman/SIPA

C’est un épisode inquiétant pour la gestion des prisons de l’administration américaine. Travis Frey, 31 ans, était capitaine pénitencier depuis au moins 2018 dans un centre de détention pour migrants clandestins au Nevada. Jusqu’à ce qu’il se fasse démasquer comme membre actif d’un site néonazi. L’un de ses projets était de développer un parti de suprémacistes blancs en Indiana, révèle Vice News.

« Tout le monde s’en fout du racisme »

Sa double identité a pu être exposée grâce à la fuite d’archives d’un ancien site néonazi, Iron March, permettant de dévoiler les informations personnelles de 1.200 membres ainsi que les rouages de l’alt right qui tente de construire un mouvement suprémaciste blanc international. Le site est fermé depuis 2017.

Après son inscription en mars 2013, il est connu sous le pseudonyme « In Hoc Signo Vinces », une locution latine signifiant « Par ce signe, tu vaincras ». Et qui est aussi le nom du manifeste du parti nazi américain. Dans une publication datant de 2016, Travis minimisait la gravité des accusations de racisme à l'encontre du parti. « Au fond, tout le monde s’en fout du racisme » écrit-il dans une autre publication.

Pas encore de sanctions

Plus révélateur, une publication mettait en lumière son désir de passer à l’action violente : « Ces sombres merdes dans les arcanes du pouvoir et ces rats doivent être purgés de leur nid ».

C’est un an plus tard qu’il franchit le pas et propose son aide au Traditionalist Worker Party. Un parti politique néonazi, notable dans l’univers de l’alt right et qui s’est fait connaître lors de la violente manifestation de Charlottesville en 2017, regroupant les suprémacistes blancs de tout le pays. Suite à des affaires de coucheries impliquant la femme du porte-parole, le parti implose en 2019.

Travis Trey est aujourd’hui toujours employé dans le centre de détention mais a été placé en congé administratif par la direction qui mène une enquête, ce qui n’est pas une sanction et lui permettra de continuer à être payé. « Nous reconnaissons la dignité fondamentale de chaque être humain et le besoin de les traiter avec respect » a déclaré à Vice une représentante de CoreCivic, la firme qui dirige le centre de détention et emploie Travis Trey.

Un cas parmi d’autres

Deux sénatrices du Nevada demandent aujourd’hui au Département de la Sécurité Intérieure de mener une enquête sur les méthodes de recrutement de CoreCivic, qui gère chaque des milliards de dollars liés au  le business florissant des prisons.

« Il est impératif que tous les prestataires de services en contrat avec le gouvernement fédéral pour diriger un établissement pénitentiaire mettent en place les plus hauts standards de recrutement et de management » déclarent les deux sénatrices.

Véritable plaie des institutions, les cas d’officiers en liens avec l’alt right ne sont pas rares. Fin décembre, 30 surveillants de prisons en formation ont été licenciés en Virginie pour avoir fait un salut nazi. Sur le même site néonazi Iron March, il a été démontré que trois militaires américains y étaient influents. L’un d’entre eux utilisait le site à des fins de recrutement pour monter un groupe paramilitaire fasciste…