Qui sont les trois terrifiants compagnons de Saint-Nicolas à travers l’Europe ?

NOËL Des personnages cauchemardesques ont été inventés dans le seul but de rendre les enfants sages comme des images

M.S.

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Un Krampus effraie un spectateur lors de la traditionnelle Krampuslauf, une parade où de jeunes hommes prennent l'apparence du démon le temps d'une soirée. A Hollabrunn en Autriche, le 30/11/2019
Un Krampus effraie un spectateur lors de la traditionnelle Krampuslauf, une parade où de jeunes hommes prennent l'apparence du démon le temps d'une soirée. A Hollabrunn en Autriche, le 30/11/2019 — Ronald Zak/AP/SIPA

Fin décembre, tous les enfants attendent avec impatience les cadeaux qu’ils ont demandés au père Noël. Des cadeaux qui arriveront à destination de ceux qui ont été sages... Pour les autres, une surprise bien moins plaisante les menace: la visite de père Fouettard, de Krampus ou de Zwarte Piet. Ils existent depuis plusieurs siècles et sont les malfaisants compagnons de l’ancêtre du père Noël, Saint-Nicolas.

Selon la légende, ce dernier devient le saint patron des enfants au Moyen-Âge après avoir ressuscité trois garçons assassinés. Il devient alors celui qui apporte des présents le jour de sa fête, le 6 décembre. Son terrible alter ego sera ensuite créé pour représenter l’autorité, celui qui effraie les enfants pour qu’ils soient obéissants. 20 Minutes passe en revue les trois versions les plus populaires en Europe.

Père Fouettard

(France, Belgique)

Illustration - Carte postale de Père Fouettard
Illustration - Carte postale de Père Fouettard - CC

C’est un personnage clé du folklore entourant Noël qui aura terrorisé les enfants français pendant plusieurs siècles, mais dont le souvenir est aujourd’hui effacé. Dans la tradition, il est présenté comme le repoussant compagnon de Saint-Nicolas, qu’il accompagne lors de la distribution de cadeaux de Noël.

Méchant et sadique, son rôle est de punir de coups de fouet les filles et les garçons qui ont été désobéissants ou qui ne font pas leurs prières, voire d’emporter avec lui dans son sac les garnements les plus récalcitrants. Véritable opposé de son acolyte, il inspirait la terreur en raison notamment de son apparence. Un visage recouvert par une barbe broussailleuse, un long manteau noir, des chaînes et un fouet qu’il tenait à faire bruyamment claquer au sol à chacun de ses déplacements.

Il est compliqué de déterminer de nos jours d’où vient la légende mais la plus populaire reste associée à la ville de Metz. En 1552, la ville est assiégée. La corporation des tanneurs de la ville crée alors de toutes pièces un personnage grotesque qui, armé d’un fouet, poursuit jeunes hommes et femmes. Après la libération de Metz, il reste ancré dans la culture populaire comme celui qui vient corriger les enfants désobéissants. Pour certains encore, le père Fouettard ne serait autre que le boucher ayant assassiné trois garçons de la légende de Saint Nicolas. Ce dernier condamne à la servitude éternelle le père Fouettard, pour réprimander les enfants qui ne sont pas sages.

Krampus

(Allemagne, Autriche, Hongrie)

Prenez le père Fouettard et ajoutez-y une bonne dose de bestialité. Le résultat est Krampus, une créature à moitié bouc et à moitié démon. Avec ses yeux injectés de sang, son corps noir de poils et ses énormes cornes courbées, aux antipodes de Saint-Nicolas, il s'agit de sa version horrifique. Selon la tradition, Krampus fait son apparition le soir du 5 décembre, connue sous le nom de Krampusnacht.

Lors de sa tournée, il agite de longues chaînes et des clochettes pour annoncer sa venue et garde en mains des branches avec lesquelles il va corriger les vilains enfants jusqu’à ce qu’ils deviennent gentils… Aujourd’hui, la Krampusnatch est encore célébrée des pays de l’Est et dans certaines régions de l’Allemagne. C’est une soirée, qui tend parfois à déborder, où des hordes d’hommes se déguisent en Krampus, boivent d’immenses quantités d’alcool et pourchassent des gens dans la rue pour les effrayer.

Zwarte Piet

(Pays-Bas, Belgique)

A l’origine, Zwarte Piet n’est qu’une des versions de l’acolyte de Saint Nicolas qui l’accompagne lors de sa tournée des cadeaux pour punir les enfants méchants. Sa version moderne, controversée, divise de nos jours les Pays-Bas. Celle-ci représente Zwarte Piet non plus comme un opposé qui corrige les enfants mais comme un servant ou un « ami », qui l’aide à déposer des jouets auprès du sapin.

Une évolution qui soulagera les enfants désobéissants. Mais sa représentation pose problème depuis plusieurs années (seulement). Un indice, Zwarte Piet vient du néerlandais et signifie Pierre le Noir. Le soir de la Saint-Nicolas le 6 décembre, c’est donc littéralement grimés en noir que des centaines de Néerlandais se déguisent, en portant des perruques afros, de grosses créoles dorées et une bouche rouge exagérée lors de parades. Et qui le justifient en expliquant que la peau de Zwarte Piet est foncée car il passe par une cheminée…

Bien que les traditions de Sinterklaas (Saint-Nicolas) remontent au XVe siècle, c’est le livre publié en 1850 de Jan Schenkman intitulé Saint-Nicolas et son servant qui a introduit le personnage de Zwarte Piet en tant qu’homme noir qui terrifie les enfants. Originaire d’Espagne et dessiné avec une peau sombre et des habits typiques, il est identifié comme étant un Maure.

Depuis plusieurs années, à chaque retour des parades de la Saint-Nicolas vient son lot de polémiques pour cette fête qui a acquis une embarassante notoriété internationale. Il y a d’un côté les pros Zwarte Piet qui nient toute existence de blackface - le fait de se grimer en noir – et défendent cette tradition, de l’autre leurs détracteurs qui les accusent de racisme et de propager des stéréotypes de l’ère coloniale.

Sans nécessairement vouloir supprimer le personnage, les critiques de Zwarte Piet sont arrivés à une conclusion simple. Si le compagnon de Saint-Nicolas a la peau foncée car il est passé par une cheminée, pourquoi la peau peinte en noir, les grosses lèvres rouges et les créoles dorées ? C’est ainsi qu’est né il y a cinq ans Roetpiet, exactement le même personnage sauf que le blackface est remplacé par des traces de suie.

Ici, des Roetpiet qui porte des traces de suie au lieu d'être grimés en noir. A Nijmegen aux Pays-Bas, le 16/11/2019
Ici, des Roetpiet qui porte des traces de suie au lieu d'être grimés en noir. A Nijmegen aux Pays-Bas, le 16/11/2019 - Ana Fernandez / SOPA Images/Sipa/SIPA