Un chapeau conçu à partir de fibres d’un mollusque géant mis aux enchères

LUXE Très peu d’objets dans le monde sont répertoriés comme étant fabriqués de cette « soie des rois », reconnue pour son apparence dorée et délicate

M.S.

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Illustration de la grande nacre — Yiannis Issaris/AP/SIPA

Sans ce filament baptisé le byssus, la moule ne pourrait pas s’accrocher à son rocher. Mais les couturiers, eux, le connaissent sous la forme de fils dorés extrêmement fins baptisés « soie des rois » ou « soie de la mer ».

Ce week-end, un chapeau de type turban tissé de byssus sera mis en vente aux enchères au Landmark on the Park à New York. Il s’agit d’une vente exceptionnelle, car, comme le précise The Guardian, il n’existerait que 60 objets réalisés à partir de ce matériau et la dernière mise aux enchères publique remonterait à 1767…

Il n’est pourtant pas certain que la vente du chapeau atteigne des sommes astronomiques. Pour cela, il faudrait que les potentiels acheteurs soient bien éclairés sur la valeur de l’objet, comme le reconnaît le vendeur, Bob Ross, qui estime son prix entre 5.000 et 8.000 dollars.

Toison d’or

Le byssus est généralement associé à l’élevage de moules. Epais et broussailleux, il est pêché en même temps que les mollusques mais est plus considéré comme un déchet que comme un matériau traitable, bien que de nouveaux usages médicaux comme alimentaires se profilent pour lui.

Pourtant, il existe aussi un byssus plus prestigieux et qui fut pendant des siècles utilisé par la royauté pour orner vêtements et autres accessoires. Celui-ci est produit par le Pinna nobilis, appelé la grande nacre (ou jambonneau hérissé), un des plus grands coquillages au monde avec une taille pouvant dépasser le mètre.

Parmi les quelques objets en « soie de la mer » recensés à ce jour, on compte en grande majorité des gants et des bonnets, dont le plus ancien a été retrouvé à la basilique de Saint-Denis en 1978 et date du XIVe siècle.

Une chaussette faite à partir de Byssus datant du XVIIIe siècle, exposé au Musée d'histoire naturelle de Braunschweig
Une chaussette faite à partir de Byssus datant du XVIIIe siècle, exposé au Musée d'histoire naturelle de Braunschweig - CC

Une pêche périlleuse

La grande nacre ne produisant à elle seule que peu de byssus (entre 1 à 3 grammes), un grand nombre de mollusques est demandé pour concevoir un vêtement, en témoigne le chapeau mis aux enchères. Selon une spécialiste du Musée de l’histoire naturelle de Bâle, le byssus de 80 grandes nacres aurait pu être utilisé pour un chapeau de seulement 83 grammes.

La pêche de la soie tant recherchée, aussi technique que brutale, implique aussi que l’animal soit tué. Celle-ci nécessite de sectionner le byssus qui permet à l’animal d’être soit enfoncé dans le sable soit accroché sur un rocher, entraînant inévitablement sa mort. Les fibres récoltées sont ensuite peignées, nettoyées, puis baignées dans du jus de citron pour leur donner une coloration dorée vibrante. Endémique de Méditerranée, la grande nacre est une espèce protégée en Union Européenne et sa pêche est interdite en France depuis 1992.