Donald Trump choque les Britanniques en forçant un couple à rencontrer la femme qui a tué leur fils

DÉLIT DE FUITE Le président américain s'est invité dans un fait divers qui crée des tensions entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne

M.S.

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Les parents d'Harry Dunn lors d'une conférence de presse à New-York, le 14 octobre 2019
Les parents d'Harry Dunn lors d'une conférence de presse à New-York, le 14 octobre 2019 — Craig Ruttle/AP/SIPA

Un fait divers au milieu d'un scandale médiatico-diplomatique. Cette semaine, une histoire dramatique... et l'intervention de Donald Trump ont plongé le public britannique dans un profond désarroi. Tout commence avec l’histoire invraisemblable d’un jeune Anglais décédé dans un accident de voiture impliquant la femme d’un espion américain qui, en fuyant aux Etats-Unis, a déclenché une mini-crise diplomatique entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

Harry Dunn, un jeune homme de 19 ans, est décédé le 27 août dernier quand Anne Saccolas, une Américaine de 42 ans vivant au QG des espions de la Royal Air Force, l’a renversé alors qu’elle roulait sur le mauvais côté de la route. Pour éviter d’être jugée, Anne Sacoolas a fui le pays quelques jours après l’accident en invoquant l’immunité diplomatique dont bénéficie sa famille grâce au travail de son mari sur la base, rapporte le Daily Beast.

Une rendez-vous avec Donald Trump

Mais les parents de Harry Dunn sont prêts à tout pour que justice soit faite. Après avoir beaucoup communiqué sur l'affaire dans les médias britanniques, ils ont décidé de partir cette semaine pour les Etats-Unis afin de faire pression sur le gouvernement américain pour obtenir l’extradition d’Anne Sacoolas en Grande-Bretagne afin qu’elle soit jugée.

« Je veux juste lui parler d’homme à homme, de père à père », a déclaré le père d’Harry Dunn lundi matin au sujet de Donald Trump. « En tant qu’homme, en tant que père, comment peut-il laisser cela arriver ? »

C’est avec surprise que les parents ont appris le soir même qu’ils étaient invités à se rendre à la Maison Blanche pour discuter du sujet. Deuxième surprise, c’est avec le président Donald Trump en personne qu’ils avaient rendez-vous. Une rencontre organisée selon le chef d'Etat américain à la demande du Premier ministre britannique Boris Johnson (ce que BoJo nie).

Invitée surprise

Coup de théâtre final, lors du rendez-vous, Donald Trump a cru bon de proposer à la famille de rencontrer la femme qui a tué leur fils sans les prévenir. A leur arrivée, Anne Sacoolas attendait dans une salle adjacente. Toute la scène aurait été filmée en direct par un groupe de photographes convoqués pour cette rencontre, selon le porte-parole de la famille.

« J’ai offert la possibilité d’amener la principale concernée », a indiqué mercredi Donald Trump... « Et ils n’étaient pas prêts pour ça », a conclu le président américain.

Refus catégorique des parents, qui se sont sentis « piégés » quand on leur a annoncé qu’Anne Sacoolas attendait derrière la porte d’à côté. Comme l’a confié leur porte-parole au Daily Beast, ils souhaitaient la rencontrer mais uniquement en Grande-Bretagne « avec des médiateurs, des conseillers, et leurs avocats ».

Immunité mise en doute

Les deux parents ont tout de même dit être « impressionnés » par Trump, avant qu’il n’essaye de leur faire rencontrer Anne Sacoolas. La mère de l’adolescent a eu le sentiment que Donald Trump essayait malgré tout de la réconforter. Son mari lui, en rappelant à Trump son statut de père, a peut-être réussi à jouer des cartes en sa faveur. « Je lui ai dit que si c’était son fils, il ferait la même chose que nous. C’est là qu’il a serré très fort ma main et qu’il m’a répondu : "Oui je le ferais." »

Donald Trump a refusé leur demande de renvoyer Anne Sacoolas en Grande-Bretagne, mais a accepté de traiter leur affaire « d’un point de vue différent » après leur rencontre.

Le Guardian rappelle tout de même que parce qu'Anne Sacoolas s’est enfuie, elle risque la prison en retournant en Grande-Bretagne. Le Bureau des Affaires Etrangères britannique a indiqué ce week-end qu’elle n’a en fait jamais bénéficié de l’immunité diplomatique, et que même si cela était le cas, l’immunité serait levée depuis qu’elle ne vit plus en dehors des Etats-Unis.