En Bretagne, les curés tombent la soutane pour une course de vélo

INSOLITE L’Ille-et-Vilaine accueille ces mardi et mercredi le championnat de France cycliste du clergé

Manuel Pavard

— 

Prêtres, diacres, séminaristes et religieuses ont couru un contre-la-montre de 7 km ce mardi.
Prêtres, diacres, séminaristes et religieuses ont couru un contre-la-montre de 7 km ce mardi. — M. Pavard / 20 Minutes
  • Les communes de Lourmais et Bonnemain, en Ille-et-Vilaine, accueillent ces mardi et mercredi le 20e championnat de France cycliste du clergé.
  • Plus de 50 prêtres, diacres, séminaristes, moines et religieuses y participent, venus de toute la France.
  • Certains sont là pour l'ambiance et la convivialité mais d'autres sont des cyclistes réguliers qui courent aussi pour la performance.

Pour ses pratiquants les plus mordus, le vélo est une véritable religion. Même en étant athée, on peut en convenir : il faut une certaine foi pour gravir les pentes à plus de 10 % de l’Alpe d’Huez ou du Tourmalet. En Italie, cyclisme et catholicisme sont d’ailleurs intimement liés depuis des décennies. Les plus anciens se souviennent ainsi du légendaire Gino Bartali, alias « Gino le Pieux », qui ne manquait pas une messe, y compris durant les courses. Et aujourd’hui encore, les cyclotouristes se pressent chaque week-end à la chapelle Madonna del Ghisallo, haut lieu du Tour de Lombardie dédié à la Madonne que le pape Pie XII a déclarée sainte patronne des cyclistes en 1949.

Moins visible en France, cette dimension religieuse existe toutefois. Pour s’en convaincre, il fallait se rendre ce mardi après-midi dans la petite commune de Lourmais (Ille-et-Vilaine), à une quarantaine de kilomètres au nord de Rennes. Dans la rue principale de ce village d’environ 300 habitants, des cyclistes prennent à intervalles réguliers le départ d’un contre-la-montre de sept kilomètres. Vélos dernier cri, maillots et cuissards, commissaire de course et chronos officiels, supporters assis sur les murets… L’affaire est on ne peut plus sérieuse. Pourtant, ces sportifs ont tous une particularité : ils ou elles sont prêtres, diacres, séminaristes, moines ou religieuses.

Des prêtres viennent à la messe avec leur vélo dans le coffre

Lourmais et la commune voisine de Bonnemain – où aura lieu la course en ligne le lendemain – accueillent en effet la 20e édition de la Clergéronne, le championnat de France cycliste du clergé. Cinquante participants venus de toute la France ont ainsi délaissé leur soutane ou leur robe pour braver la petite reine durant deux jours. Certains, comme le père Jean-Pierre Djihounouck, prêtre de la paroisse de Combourg (Ille-et-Vilaine), viennent là avant tout « pour l’ambiance ». « Je suis un amateur de vélo mais pas un cycliste régulier », précise le prêtre, qui « monte sur un vélo quand c’est possible » pour se préparer à l’événement.

Jean-Baptiste de Barmon, prêtre au Faouët (Morbihan), en est quant à lui à son huitième championnat. Mais lui aussi court d’abord pour « le climat amical et la rencontre avec les autres », « sans [se] fixer d’objectif de performance ». Ce n’est cependant pas le cas de tous les participants. « Il y a une vingtaine de prêtres licenciés en amateur, qui courent tous les dimanches après la messe, avec leur vélo dans le coffre », explique l’organisateur Xavier Romé, diacre à la paroisse de Combourg, qui a évolué durant 35 ans en compétition amateur. Ceux-là, ajoute-t-il, « sont venus là pour la fraternité et la convivialité mais aussi pour la performance ».

« Je me fixe un défi, battre des hommes », lance la religieuse

C’est le cas par exemple de la sœur Nadège Ledru, membre de la communauté Saint-François Xavier de Paris XIe. Cette fidèle de la Clergéronne a déjà été sept fois championne de France. Elle le sera de nouveau cette année, prédit-elle. Et pas question ici de prophétie mais juste de la froide réalité statistique : « On est souvent trois ou quatre femmes mais cette fois, je suis la seule en lice. » Cela ne l’empêche pourtant pas d’avoir un objectif. « Je me fixe toujours un défi, celui de battre des hommes », lance la religieuse, qui « roule 50 kilomètres tous les samedis s’il ne pleut pas ».

Si les profanes pourraient s’en étonner, l’entrée dans les ordres n’empêche pas de continuer la pratique du sport. « J’allais toujours au lycée à vélo, du coup j’aimais bien ça et quand je suis arrivée dans la communauté, les sœurs m’ont accueillie en disant qu’il y avait quelque chose pour moi », raconte Nadège Ledru. Forcément, la question malicieuse nous brûle les lèvres. Dieu peut-il les tirer d’un mauvais pas en cas de crevaison ou de fringale ? « Pas directement, rigole Jean-Baptiste de Barmon, mais il nous donne la force pour ne pas abandonner. » Face à un faux plat montant avec le vent de face, même la foi ne fait pas de miracle...