VIDEO. Du jamais vu... Aux Sables d'Olonne, les malvoyants peuvent jouer au casino

INITIATIVE Des petites étiquettes écrites en braille permettent aux personnes aveugles de gagner ou de perdre comme tout le monde

David Phelippeau

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Chantal grisée par le bruit de la machine à sous.
Chantal grisée par le bruit de la machine à sous. — D.P. / 20 minutes
  • Le casino des Atlantes aux Sables d’Olonne a doté 25 machines à sous de petites étiquettes en braille.
  • Emmanuel Fiquet, directeur du casino sablais, est à l’origine (avec sa femme) de cette initiative pour les personnes malvoyantes et non voyantes.
  • Chantal, une non voyante de naissance, a testé pour 20 Minutes.

Comme souvent, les initiatives les plus originales et inattendues naissent d’une conversation anodine. Il y a un an, un soir, Emmanuel Fiquet, directeur du Casino des Atlantes aux Sables d’Olonne (Vendée), discute avec sa femme de l’insertion des handicapés dans les casinos. « Pourquoi tu ne ferais pas les cartes du bar et restaurant en braille ? », lui souffle alors sa femme.

Emmanuel Fiquet est emballé par l’idée, mais il veut aller plus loin : « Ces malvoyants, on va les attirer dans un divertissement, mais ils ne seront pas autonomes pour jouer aux machines à sous ? Il faut qu’on les intègre encore davantage… » La machine (sans sous) est lancée. L’idée devient réalité.

100 euros seulement de budget

Le 12 février, 25 machines à sous (sur 100) du casino sablais – « des mises de 0,01 centime à 1 euro pour avoir accès à la même gamme de jeux que tout le monde » – sont équipées de petites tablettes écrites en braille sous les boutons et les entrées et sorties de billets. « C’est unique en France et même sans doute au monde, assure Emmanuel Fiquet. Je suis allé deux fois à Las Vegas, je n’ai jamais vu ça. »

Une première mondiale peu onéreuse: 100 euros au total pour traduire cartes et machines à sous. « Ma femme a tout fait seule en un mois, de manière artisanale, en s’inspirant d’Internet, félicite Emmanuel Fiquet, très fier. Elle y a passé beaucoup de temps… » « Pour un résultat formidable », selon Chantal, aveugle de naissance, qui a testé mardi matin pour 20 Minutes.

« Vous êtes la première au monde à jouer dans un casino avec des machines équipées en braille », rit Emmanuel Fiquet. Après des explications liminaires et quelques minutes pour se familiariser avec les doigts avec les étiquettes en braille et les boutons, Chantal se lance, seule, avec un billet de 10 euros. A chaque tintement de l'engin, elle sourit et reprend espoir de devenir un peu plus riche. Seul bémol, aucune machine n’est encore pourvue d’une assistance vocale indiquant le nombre de crédit restant. « Il m’en reste combien ? », interroge-t-elle à plusieurs reprises. Dix minutes plus tard, le crédit est épuisé. Fin de la partie.

Peu d’écriture en braille dans la vie de tous les jours

« Cela m’a plu, j’espère que vous aurez des clients et qu’ils auront plus de chance que moi, sourit Chantal en s’adressant au patron du casino. Je me suis sentie autonome. J’étais à l’écoute de la musique et je savais quand j’avais gagné… » Dans la vie tous les jours, hormis les médicaments, peu d’objets, de lieux sont munis d’écriture en braille.

Chantal fera un retour d’expérience positive à l’association Valentin Haüy, dont elle fait partie à La Roche-sur-Yon. « Je vais en parler et on reviendra tous jouer ensemble dès que possible. » Le rendez-vous est déjà pris pour avril ou mai prochain. Chantal confie avoir hâte d’y être.