JO 2024: Pourquoi le ventriglisse a (presque) tout pour devenir un sport olympique

INSOLITE Trois jeunes Tarnais ont créé la Fédération française de ventriglisse (FFV). Ils rêvent de voir leur discipline au programme des Jeux olympiques 2024, à Paris…

Nicolas Stival

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Le ventriglisse fonce vers les JO 2024 à Paris.
Le ventriglisse fonce vers les JO 2024 à Paris. — FFV
  • A peine née d’un grand délire, la FFV veut déjà jouer dans la cour des grands.
  • Elle peaufine un dossier pour intégrer le programme olympique lors des Jeux de Paris, en 2024.

C’est l’histoire de trois jeunes Tarnais qui ont fait un rêve : amener leur discipline aux Jeux olympiques. Non pas le rugby, qu’ils pratiquent à Labruguière, mais le ventriglisse. Olivier Cordani (29 ans), Nelson Glories (27 ans) et Florent Garric (27 ans) ont même fondé une fédération, la FFV. Au départ : un délire entre amis le 15 juillet dernier, à l’occasion de la finale de la Coupe du monde de foot, retransmise par leur club.

Pour animer l’événement, le trio avait déployé une bâche agricole afin de glisser dessus. « On s’est dit que si la France gagnait, on allait à Castres », explique Nelson Glories, coprésident de la FFV. L’Histoire était en marche : les Bleus ont terrassé les Croates et les trois potes ont transporté leur matos 10 km plus loin, place Jean-Jaurès. « Au début, tout le monde nous a regardés en riant et finalement, tout le monde a glissé. »

Depuis, le phénomène a pris de l’ampleur, via les réseaux sociaux. Et la nouvelle fédé ne vise rien de moins que les JO 2024. « Un courrier est parti au ministère des Sports, et on monte un dossier pour le CIO [Comité international olympique], témoigne Nelson Glories. Il y a beaucoup de critères à remplir. » Trente-trois exactement. Ça fait beaucoup mais le ventriglisse coche déjà pas mal de cases.

Une internationalisation en cours

Forcément, le CIO insiste sur la notion d’universalité pour admettre un sport aux JO. Le ventriglisse part de loin, mais les progrès sont fulgurants en quelques semaines. « On pense que ça peut se diffuser partout dans le monde, dès qu’il y a de l’eau et du savon », avance le coprésident de la FFV, dont la réputation a déjà franchi l’Atlantique. « On a reçu quelques vidéos des Etats-Unis. »

Le week-end dernier à Castres, une équipe anglaise est venue s’essayer à la discipline, à l'occasion d’une fête organisée par d’anciens rugbymen. Et les trois copains vont prendre leur bâton de pèlerin pour évangéliser l’Irlande, lors du déplacement du CO sur les terres du Munster, le 9 décembre en Coupe d’Europe : « On va amener des bâches dans l’avion pour les installer devant le stade de Limerick. »

Reste à créer une Fédération internationale. Un dossier épineux mais indispensable pour postuler aux Jeux. « On est en train de batailler un peu, on se renseigne à droite, à gauche, c’est assez compliqué. »

Un sport spectaculaire et aux règles simples

L’impact médiatique d’une discipline est capital pour le CIO. Et quoi de mieux pour appâter les télés que la simplicité ? Même si le règlement édicté par la FFV compte encore pas mal de pages vierges, de grandes lignes se dessinent : une bâche d’environ 40 mètres de long sur deux ou trois de large, trois essais par concurrent(e) et celui ou celle qui va le plus loin (sans mordre la planche, comme au saut en longueur) a gagné.

Un enfant de trois ans peut comprendre et s’enthousiasmer devant son écran. Pour la tenue, c’est calé : pas question de combinaison en néoprène, mais un simple slip de bain bleu-blanc-rouge. Reste le délicat problème du produit-qui-fait-aller-loin, autorisé mais au sujet duquel un flou demeure. La fédé va bientôt trancher entre liquide vaisselle, savon, huile ou autre lubrifiant. « On ne va retenir qu’un produit, qui sera aussi celui qui abîme le moins la peau », assure Nelson Glories.

Très bonne idée : le CIO aime les fédérations qui prennent soin de la santé de leurs athlètes. Et elle se veut de plus en plus vigilante quant à la maîtrise des coûts. Dans ce domaine, le très frugal ventriglisse peut servir de modèle à la plupart des autres sports.

L'enthousiasme des pionniers.
L'enthousiasme des pionniers. - FFV

Un lobbying intense

Impossible d’espérer s’imposer dans le programme des Jeux sans la complicité de quelques personnalités. Bernard Lapasset, l’ex-président de World Rugby, a ainsi joué un rôle essentiel dans le retour du ballon ovale (dans sa version à VII) aux JO en 2016, après 92 ans d’absence.

Le ventriglisse bénéficie lui aussi de parrains de poids : rien d’autre que plusieurs vainqueurs du Bouclier du Brennus 2018 avec le Castres Olympique. « Baptiste Delaporte est le plus impliqué mais il y a aussi Julien Dumora ou Marc-Antoine Rallier », détaille le coprésident de la FFV. Comme ses anciens coéquipiers du CO, l’ailier international Rémy Grosso est venu au soutien.

Certains esprits chagrins jugeront que cela risque de ne pas être suffisant. Mais le ventriglisse, dans sa version non codifiée, peut se vanter de représenter dans de nombreux vestiaires du rugby français une « tradition locale ininterrompue ». Autrement dit, une véritable institution nationale, ce qui peut constituer un argument décisif avant Paris 2024. Après tout, l’origine japonaise du karaté a beaucoup joué dans son admission aux JO 2020 de Tokyo.

Et maintenant, l’attente

En résumé, le ventriglisse affiche quelques sérieux arguments pour séduire le CIO, qui dévoilera les « sports additionnels » pour les Jeux de Paris en décembre 2020. Si malgré tout, cela ne s’avérait pas suffisant, les fondateurs de la FFV s’en remettraient certainement. « Cela reste un délire », sourit Nelson Glories, occupé à préparer une garden party samedi à Labruguière et à chercher des sponsors, pour peaufiner une tentative de record du monde.

Car, JO ou pas, le ventriglisse est bien décidé à se développer. Que ce soit sous le signe des anneaux à Paris ou dans un cadre moins huppé mais peut-être plus chaleureux, comme la fête du rugby de l’US Fronton ou celle du Tennis club de Beauzelle.