République Démocratique du Congo: Une étudiante refusée à l’entrée de sa fac pour sa coiffure afro

NAPPY HAIR Les vigiles de l’université lui ont demandé de « bien peigner » ses cheveux…

Naomi Mackako

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Une jeune femme noire portant une coiffure afro. Image d'illustration.
Une jeune femme noire portant une coiffure afro. Image d'illustration. — Leonardo Munoz/EFE/SIPA

Une étudiante à l’Université Catholique du Congo (UCC) de Kinshasa en République Démocratique du Congo, a poussé un coup de gueule sur les réseaux sociaux. Elle s’est vue refuser l’entrée de sa faculté car elle arborait une coiffure afro considérée comme « indécente » par l’administration.

Charlotte, 26 ans, étudiante en économie à l’UCC - une université congolaise réputée pour être élitisme - a exprimé son ras-le-bol sur Facebook. « A l’entrée du campus, les gardiens m’ont dit : "on n’entre pas avec ce genre de coiffure ici" », a-t-elle raconté à l’AFP. « J’ai cherché à comprendre la raison de cette interdiction. Pour eux, mes cheveux étaient en désordre et on m’a demandé de "bien les peigner". J’étais obligée de changer de coiffure, c’est pourquoi je me suis plainte sur ma page Facebook », a-t-elle expliqué.

Un héritage de l’esclavage et de la colonisation

Au cours des dernières années, certaines femmes congolaises ont abandonné les procédés artificiels tels que le défrisage et les perruques au profit de leurs cheveux naturels. Le collectif « Nappy du Congo », réunissant des défenseuses du cheveu naturel et crépu a vu le jour il y a trois ans à Kinshasa, rapporte Jeune Afrique. Le cheveu crépu est devenu un symbole de la résistance contre les diktats de beauté occidentaux dans lesquels les femmes africaines ne se reconnaissent pas. Pour elles, la culture du cheveu lisse en Afrique est héritée de l’histoire de l’esclavage et de la colonisation. Aux Etats-Unis, dans les années 1970, Angela Davis, une militante pour les droits civiques avait fait de son afro l’emblème du « black power ». Après le dépôt d’une pétition sur le site de la Maison Blanche en 2014, l’armée américaine a ainsi accepté certaines coupes de cheveux dites « ethniques ».

Le secrétaire général académique de l’UCC, Jean Onaotsho a déclaré que l’Université « ne s’oppose ni n’interdit les cheveux naturels africains [sur le campus] » mais « exige que les cheveux soient peignés, c’est une exigence de propreté et de décence publique. Et d’ajouter : Nous devons préserver les mœurs africaines dans cette société congolaise qui en a réellement besoin. »

Un retentissement sur les réseaux sociaux

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont témoigné leur soutien à la jeune étudiante, faisant aussi part de leurs propres expériences : « J’ai été moi-même chassée plusieurs fois de la fac à cause de ça », a écrit une utilisatrice de Facebook. D’autres  ont qualifié la démarche de Charlotte de « perte de temps » et lui ont suggéré de simplement se conformer aux règles de son établissement. « Je ne vois sincèrement pas en quoi c’est problématique. Faites des tresses alors, ça reste naturel ! Bref, il est connu que les écoles congolaises ont des codes de conduite !
Revendiquer pour revendiquer est une perte de temps à mon sens. Il y a d’autres combats plus importants me semble-t-il », a commenté une autre utilisatrice.

Larissa Diakanua, membre du collectif « Nappy du Congo », envisage de rencontrer la direction de l’UCC afin de la sensibiliser à l’intégration des étudiantes souhaitant porter leurs cheveux naturels.

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