Inde: La recrudescence de la triche aux examens asphyxie le système éducatif de l’Inde

EDUCATION Plus de 2,8 millions d’étudiants de Delhi vont devoir repasser leur examen ce mois-ci après que les sujets ont fuité sur Whatsapp…

Naomi Mackako
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Une salle de cours. Image d'illustration.
Une salle de cours. Image d'illustration. — weisanjiang

Les universités et lycées indiens font face à une crise à cause du taux de triche élevé aux examens, rapporte le journal The Guardian. La semaine dernière, deux sujets d’examens de mathématiques de l’enseignement secondaire ont fuité sur l’application Whatsapp, quatre-vingt-dix minutes avant le début de l’épreuve. Par conséquent, plus de 2 millions d’étudiants de la ville de Delhi devront repasser le test ce mois-ci.

La pilule est difficile à avaler pour ceux qui s’étaient préparés sérieusement à l’évaluation. « C’est de la torture mentale », a déclaré Kirath Kaul, 15 ans, un étudiant de l’est de Delhi. « Je passais toutes mes journées à étudier [pour le dernier examen] et me levais même la nuit pour me préparer ».

Un moyen « d’être sûr de s’en sortir »

La triche ne se manifeste pas seulement sur les réseaux sociaux. D’autres vont encore plus loin. Une mère a avoué avoir payé afin d’obtenir un numéro de téléphone vers lequel son fils pourrait envoyer son sujet d’examen et recevoir les réponses justes en retour. Le jour de l’épreuve, le jeune homme a demandé à se rendre aux toilettes où il a envoyé à un destinataire dont l’identité est gardée secrète, des photos de son sujet d’examen de mathématiques. Après avoir reçu les bonnes réponses, il est retourné composer sa copie. Pour la mère du jeune étudiant, Sunita*, il ne s’agit pas de triche mais d’un véritable moyen d’être sûr « de s’en sortir », dans un pays où chaque année, 17 millions de personnes rejoignent le marché de l’emploi.

Bihar, l’un des États les plus pauvres de l’Inde, a fait couler beaucoup d’encre en 2015. Et pour cause, des parents ont escaladé les murs d’un bâtiment de cinq étages pour souffler les réponses à leurs enfants qui passaient un examen à l’intérieur. En février dernier, 1.000 étudiants y ont été radiés pour triche. Dorénavant, l’État a décidé installé des caméras de vidéosurveillance dans les salles d’examen et d’obliger chaque étudiant à déposer ses chaussures et chaussettes à la porte.

Un système éducatif brisé

Yamini Aiyar, directrice générale du Center for Policy Research, voit dans cette crise le signe « d’un système éducatif brisé ». Elle blâme la pression intense pesant sur les épaules des étudiants auxquels on demande d’obtenir une qualification universitaire à tout prix et un système axé sur la construction de nouvelles écoles, mais qui ne se préoccupe pas de ce qui se passe en leur sein. Les fonctionnaires seraient incités à aider à la tricherie ou à l’ignorer car les enseignants et les administrateurs sont promus en fonction du taux de réussite de leur école ou district, rapporte le quotidien britannique.

En 2016, une major de promo a été destituée de son diplôme après avoir éveillé des soupçons. Au cours, d’une interview, la jeune femme a dit qu’elle pensait que la science politique était l’étude de la cuisine.