Non, le robot sexuel programmé pour être violé n'existe pas

SEXUALITE En réalité, il n'existe pas (encore?) de robots programmés à être violés à la vente...

G. N.

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Le premier modèle de Roxxxy, produit par True Companion.
Le premier modèle de Roxxxy, produit par True Companion. — CB2/ZOB/WENN.COM/SIPA

Jusqu’où vont les robots ? Une information selon laquelle l’entreprise de robotique américaine True Companion mettait à la vente des robots programmés pour être violés a généré plusieurs articles et réactions d’indignation. Sauf qu’évidemment, ce n’est pas tout à fait le cas. Pour faire simple, il n’existe pas de robots destinés à être violé. Petit récapitulatif de l’affaire.

  • D’où ça vient 

Lundi 17 juillet, Laura Bates, créatrice du « Every Day sexims Project », publie dans le New York Times une contribution intitulée The Trouble With Sex Robots (« Le problème avec les robots sexuels »). Elle commence ainsi : « Frigid Farrah. C’est le nom fictif d’un robot qui est à vous pour un viol pour juste 9.995 dollars. » Avant de dénoncer des robots violables qui favoriseraient les agressions sexuelles dans la vie réelle. Ni une ni deux, le journal britannique The Independent reprend l’info et écrit :

Cela a fait l’objet d’un débat après la récente pub de Roxxxy TrueCompanion pour un robot que vous pouvez acheter et avec lequel vous pourrez simuler un viol grâce à un simple réglage.

Le journal poursuit en affirmant que « le site Web [de True Companion, ndlr] indique que pour Frigid Farrah, si vous la touchez "à un endroit intime, il est plus que probable qu’elle n’apprécie pas vos avances" ». Ce qui peut laisser penser au déroulé d’une scène d’agression sexuelle.

Mondialisation de l’information oblige, cette histoire de robot violable est reprise par plusieurs médias français dont le titre inclus, dans la plupart des cas : « Robot sexuel programmé pour être violé ».

L'info sur le robot programmé pour être violé a été reprise par plusieurs médias français.
L'info sur le robot programmé pour être violé a été reprise par plusieurs médias français. - Google

 

  • Pourquoi c’est largement exagéré

En réalité, à aucun moment sur le site de True Companion, il n’est question d’un robot programmé pour être violé. Il s’agit d’une pure extrapolation à partir d’une des personnalités de Roxxxy, le dernier modèle proposé par le fabricant. Cette personnalité est celle de « Frigid Farah », qualifiée de « timide et réservée » par l’entreprise. Celle-ci développe dans sa FAQ : « Par exemple, si vous utilisez la personnalité "Frigid Farrah » et que vous la touchez à un endroit intime, il est plus que probable qu’elle n’apprécie pas vos avances. Mais si votre Roxxxy utilise la personnalité « Wild Wendy », elle voudra que vous le refassiez. »

Dans ce contexte, difficile d’extrapoler comme a pu le faire Laura Bates ou The Independent sur un robot programmé pour le viol et proposé par True Companion. D’ailleurs, face à la polémique, ce dernier a réagi sur son site :

Roxxxy, notre robot sexuel True Companion n’est tout simplement pas programmé pour participer à un scénario de viol et le fait qu’elle le soit est une pure spéculation de la part de certains.

Evidemment, dans pareil cas, on ne se serait pas attendu à un communiqué différent, sauf à n’avoir absolument rien à faire de son image de marque. Néanmoins pour apporter du crédit à l’entreprise, il faut signaler qu’une interview du patron de celle-ci, Douglas Hines, figure dans le dernier rapport de la Foundation for responsible robotics, basée à La Haye et dépendante du Global institute for Justice, rapport pris d’ailleurs à témoin par Laura Bates. Or il est difficile de croire qu'une telle fondation laisserait un espace d’expression à un chef d’entreprise qui produit des robots programmés pour être violés…

Ainsi, en étant un minimum honnête, il faut convenir que ce robot programmé pour être violé est une construction de toutes pièces. Ce qui ne veut pas dire que l’histoire s’arrête là.

  • Pourquoi les robots sexuels constituent une vraie problématique

L’arrivée des robots sexuels soulève moult questions. Ces derniers sont-ils juste des sex toys améliorés ou sont-ils plus que ça ? Et si c’est le cas, est-il moral ou non d’avoir des relations sexuelles avec ? Peut-on agresser sexuellement un robot, qui par essence ne dispose pas de consentement ? Le phénomène est tellement nouveau que les recherches n’en sont qu’à leurs débuts et que les réponses sont bien plus rares que les questions.

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Néanmoins, le dernier rapport de la Foundation for responsible robotics indique qu'« il ne fait aucun doute que la création d’une représentation pornographique des corps féminins dans une machine sexuelle en mouvement, objectivise le corps des femmes ». Mais en même temps, les auteurs du document avouent ignorer l’importance de ces représentations particulières dans les représentations globales de la femme.

Un sacré bordel

Le rapport s’interroge également sur la possibilité pour les robots sexuels de prévenir les crimes sexuels. Ainsi, Shin Takagi, qui s’affirme pédophile, a lancé une entreprise construisant des robots ressemblant à des fillettes, ceci afin d’évacuer les pulsions pédophiles des utilisateurs. Mais nombre de chercheurs et psychologues estiment cette justification assez bancale.

Enfin, certains n’ont pas attendu les questionnements éthiques sur les robots sexuels pour convertir ceux-ci au plus vieux métier du monde. En Espagne, l’entreprise LumiDolls vient d’ouvrir une maison close remplie de prostituées robots. Dérangeant ? 

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