Arabie saoudite: Le pèlerinage à La Mecque devient 2.0

NUMERIQUE Les pèlerins musulmans utilisent fréquemment les nombreuses applications, sites internet et gadgets électroniques qui leur sont proposés à l'occasion du hajj...

A.-L.B. avec AFP

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Des tapis de prières en haut de la montagne Jabal Noor dans les environs de La Mecque en Arabie Saoudite, le 9 septembre 2016.
Des tapis de prières en haut de la montagne Jabal Noor dans les environs de La Mecque en Arabie Saoudite, le 9 septembre 2016. — Nariman El-Mofty/AP/SIPA

Les pèlerins de La Mecque se montrent de plus en plus friands de high-tech. Facebook live ou Periscope, prières et conseils vestimentaires sur des sites et des applications mobiles, selfie sur les réseaux sociaux, tout un environnement numérique est proposé aux musulmans en partance pour l’Arabie saoudite, à l’occasion du pèlerinage annuel, le hajj, qui débute samedi.

Ces dernières années, la technologie s’est invitée dans tous les espaces du hajj. De l’achat des billets d’avion aux photos souvenirs mises en ligne en passant par les imams qui répondent aux questions sur internet, le spirituel passe aujourd’hui aussi par le virtuel. Dès qu’ils ont posé un pied en Arabie saoudite, Abdelhadi Zuraan, 27 ans, et son épouse, deux Jordaniens installés en Corée du Sud, ont téléchargé sur leurs smartphones l’application lancée par les autorités saoudiennes pour le hajj, rapporte l’AFP. « On a appris les rituels avant de partir mais, à tout moment, on peut les retrouver sur différentes applications », explique Hazem Hamdi, comptable de 39 ans venu du Caire qui garde toujours son téléphone en main.

« La technologie permet aux pèlerins de partager (…) en temps réel »

« Le hajj est souvent comparé à une conversation privée entre le pèlerin et Dieu », explique à l’AFP le chercheur Shahed Amanullah dans une étude sur l’impact de la technologie sur le hajj. Aujourd’hui, « la technologie permet aux pèlerins de partager cette conversation en temps réel avec la famille et les amis ».

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Ce partage a ses inconvénients. « Avant, les pèlerins devaient prouver leur patience face aux difficultés physiques du pèlerinage » qui inclut de longues marches sous une chaleur accablante, poursuit Shahed Amanullah.

Aujourd’hui, la Grande mosquée est climatisée et le parcours du pèlerinage qui passait par des monts escarpés est désormais facilité par des escaliers mécaniques. La patience du pèlerin est mise à l’épreuve d’une autre manière « par les sonneries incessantes des téléphones et les distractions visuelles des panneaux publicitaires », relève le chercheur.

Un changement irréversible

Le changement semble irréversible. Jusqu’à récemment, les autorités ne laissaient personne pénétrer dans la Grande mosquée avec un appareil photo. Aujourd’hui, il faut se frayer un chemin parmi les pèlerins, portable en main, qui prennent la pose. A chaque étape, chaque station sacrée ou vénérée, on ne compte plus les photos et vidéos partagées sur les réseaux sociaux ni les commentaires et autres hashtags.

« La technologie fait maintenant partie du hajj », note Kamel Badawi, ingénieur mecquois qui avec une collègue palestinienne, Manal Dandis, a inventé un « parapluie intelligent ». Cette ombrelle vise à se protéger du soleil brûlant avec un ventilateur. Il peut être aussi utilisé comme chargeur pour téléphone et GPS.

Une application mobile, Wussul (« arrivée » en arabe), est une application interactive qui « répertorie des voies que le GPS traditionnel ne reconnaît pas et permet en temps réel au pèlerin de s’orienter », explique Kamel Badawi. « Elle permettra aussi, une fois que nous l’aurons finalisée, à des groupes de géolocaliser leurs membres si jamais ils se perdent dans la foule », ajoute-t-il. Un outil qui, espèrent les deux ingénieurs, permettra d’éviter la tragédie de 2015, quand quelque 2.300 pèlerins ont péri dans la bousculade la plus meurtrière de l’histoire du hajj.