Nez affiné, peau éclaircie, teint lissé: Comment les filtres Snapchat uniformisent nos critères de beauté

SNAPCHAT Les filtres photo proposés par l’application Snapchat interrogent de plus en plus ses utilisateurs et utilisatrices…

H.S.

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Les nouveaux filtres Snapchat
Les nouveaux filtres Snapchat — Snapchat

La polémique n’aura duré que quelques heures avant que la firme ne réagisse. Le 10 août dernier, l’application de partage d’images éphémères Snapchat a retiré l’un de ses filtres après avoir provoqué un tollé outre-Atlantique. L’image en question, ultra-stéréotypée, proposait aux utilisateurs de l’appli de se transformer en personnage de Manga («Yellow Face»).

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Et ce n’est pas la première fois que Snapchat suscite des interrogations. Il y a quatre mois, l’apparition d’un filtre « Bob Marley » avait indigné une grande partie de ses adeptes. Au-delà de la question du racisme, l’outil est accusé de participer à l’uniformisation des critères de beauté.

« J’ai fini par préférer mon nez affiné »

Suite au retrait du filtre « asiatique », une blogueuse américaine, Nicole Williams, a publié sur Medium un billet intitulé « Mon téléphone pense que j’ai besoin d’une rhinoplastie ». La jeune femme, qui précise être légèrement complexée par la forme de son nez, écrit : « Ça m’a pris un moment avant de comprendre que mon téléphone me rendait plus jolie en se basant uniquement sur un algorithme bien occidental. (…) Le filtre beauté le plus populaire sur Snapchat amincit mon visage, agrandit mes yeux et affine mon nez (…) à force j’ai fini par préférer mon 'faux' nez ».

Et Nicole Williams de poursuivre : « Le problème le plus insidieux réside dans le fait que ces filtres sont programmés pour répondre à des critères de beauté occidentaux. Ils insinuent que les jeunes filles afro-américaines ou polynésiennes ont des nez trop larges. Ils supposent que les femmes asiatiques ont de trop petits yeux. Et ils affirment à toutes les utilisatrices que leurs visages devraient être plus fins ».Une analyse partagée par de nombreuses internautes et notamment les adolescentes parfois perturbées par le message sous-jacent véhiculé par ces filtres.

Au lendemain de la polémique suscitée par le filtre « Yellow Face » (littéralement visage jaune), Katie Zhu, cheffe de produit et ingénieure américaine, a tenté de comprendre comme une entreprise, qui revendique plus de 100 millions d’utilisateurs à travers le monde et qui touche essentiellement les adolescents, pouvait transmettre un tel message. Selon elle, l’absence de diversité au sein même des équipes de développeurs, d’ingénieurs, de commerciaux et de dirigeants de la firme est à l’origine de ces stéréotypes sur les noirs, les Asiatiques, les femmes.

« J’ai supprimé Snapchat. Je vous encourage à faire de même. Ils ont, à plusieurs reprises, fait preuve d’une attitude blasée sur tout ce qui touche à la diversité, à l’inclusion, à la représentativité », a écrit la cheffe de produit. Dans son billet, la jeune femme cite également une interview du PDG de l’application, Evan Spiegel et a inséré cette capture d’écran des employés à la tête de l’entreprise. Tous sont des hommes, blancs.

Capture d'écran de la fiche technique de Snapchat sur le site CrunchBase.
Capture d'écran de la fiche technique de Snapchat sur le site CrunchBase. - CrunchBase