Le «Mom hair» ou comment culpabiliser les femmes à cause de leur coupe de cheveux

FEMME Le « New York Times » publie un article dédié à cette tendance capillaire qui nuirait à la féminité des jeunes mères…

A.B.

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Dans un article, le «New York Times» épingle le «Mom hair».
Dans un article, le «New York Times» épingle le «Mom hair». — PureStock/SIPA

Mom hair. C’est le nouveau concept américain à la mode, l’appellation qui en deux mots rajoute une couche de culpabilisation sur les épaules de ces mères qui, au-delà de mener de front vie professionnelle et familiale, n’auraient pas le bon goût de se montrer au monde avec une chevelure en cascade à faire pleurer Gisele Bündchen de jalousie.

En clair, vous les mères américaines qui traînez dans les centres commerciaux de banlieue, qui arborez un petit carré pratique à coiffer, long derrière et plus court devant, seriez en réalité des feignasses ayant assassiné votre féminité à coups de ciseaux. Non, ce n’est pas une mauvaise blague, c’est même le très sérieux New York Times qui le dit, dans un article publié le 21 juin dernier et consacré à cette fameuse « coupe de maman ».

Dans ta face maman

« C’est peut-être ironique », penserez-vous. Un journal aussi sérieux a sans doute autre chose à faire que d’écrire sur un tel « phénomène », sauf peut-être pour s’insurger contre cette injonction de beauté faite en permanence aux femmes, à qui on ne pardonne pas de ne pas être coiffées comme une reine et de ne pas se délester plus rapidement de ces vilains kilos de grossesse. Oui mais non.

Ce mom hair est très sérieusement envisagé comme un odieux outrage à la féminité, commis par de jeunes mères débordées qui se croient malignes en sacrifiant leur crinière sexy sur l’autel de la maternité. « Je vois ça tout le temps, a déclaré au New York Times Juan Carlos Maciques, styliste capillaire dans un salon chic de Manhattan. La première chose que les nouvelles mamans veulent faire, c’est de couper leurs cheveux. Elles se sentent moches dans leur corps, et veulent juste se sentir bien à nouveau. Mais, en général, se couper les cheveux est une grosse erreur. » Parce que la « coupe de maman », poursuit le journal, « voudrait faire élégant, mais fait seulement négligé ». Dans ta face maman.

Ode au « Dad bod »

L’année dernière pourtant, ce même New York Times faisait preuve de bien plus d’indulgence à l’égard du «  Dad bod », concept autrement plus bienveillant à l’égard de ces pères affichant une tendre brioche, savant mélange de muscles et de gras, véritable ode à l’imperfection du corps, d’homme seulement, façonné par l’expérience et le temps qui passe.

Mais le New York Times ne s’arrête pas en si bon chemin. N’étant plus à une injonction près, il ajoute à celle d’être décemment coiffée celle d’afficher un corps parfait après une grossesse. Le coiffeur rappelle d’ailleurs aux mères que « les longs cheveux peuvent faire diversion » chez une femme qui n’a « pas encore le poids » qu’elle souhaite retrouver, avertissant au passage que « plus on raccourcit, plus on s’expose. Et moins il y en a pour se cacher ». Avant d’inviter les jeunes mères à « attendre au moins un an après l’accouchement avant de se couper les cheveux ». Face à cette salve de « conseils » empreints de mansuétude, le hashtag #MomHair n’a pas tardé à déferler sur la toile et de nombreuses mères ont fièrement posté des photos de leur coupe de maman sur les réseaux sociaux.

La photographe Ashley Gadd a apporté sa contribution au mouvement en publiant un billet bien senti sur son blog. « Hey vous les nouvelles mamans : portez vos cheveux exactement comme vous le voulez, écrit-elle. Votre corps a porté un être humain, il s’est étiré et a changé pour se transformer en une vraie maison pour un vrai enfant. Vous ne devez pas détourner le monde de cet exploit avec des cheveux de sirène. Vous êtes des guerrières. Vous êtes belles. » Merci.