Brexit: Pourquoi la pétition aux 3 millions de signatures pose question (et va faire l'objet d'une enquête)

ROYAUME-UNI En deux jours, le texte qui appelle à la tenue d'un nouveau référendum, a recueilli plus de 3.200.000 signatures...

H.S.

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L'homme à l'origine de cette pétition est un partisan du Brexit.
L'homme à l'origine de cette pétition est un partisan du Brexit. — UK Parliament

Depuis l’annonce de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, vendredi 24 juin, une pétition en ligne déposée sur le site du parlement britannique soulève de nombreuses interrogations. Qui est à l’origine du projet et d’où viennent les plus de trois millions de signataires ? 20 Minutes fait le point.

>> A lire aussi : Brexit: Près de 60.000 signataires demandent l'indépendance de Londres

Un pro-Brexit à l’origine de la pétition

Il faut descendre tout en bas dela page de la pétition pour trouver le nom de l’internaute qui a créé le texte appelant à un second référendum si l’un ou l’autre des camps n’atteint pas 60 % des suffrages. Il s’agit de William Oliver Healey. L’homme, retrouvé par le Sunday Express, est un militant pro-Brexit, se revendiquant « nationaliste ».

Sur sa page Facebook, le créateur de la pétition revient en détail sur sa démarche : « Cette pétition a été créée au moment (il y a plus d’un mois) où la victoire de la sortie du pays était improbable et avait pour but de compliquer le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE. En raison du résultat, la pétition a été détournée par le camp des pro-UE. Certes, j’ai peut-être agi de façon prématurée, mais mon intention était claire. A l’époque il n’y avait aucune garantie de victoire pour le Brexit !!! ». Une ironie qui n’a pas manqué de faire rire (jaune) les internautes anglais.

Des Britanniques mais pas que ?

Pour qu’une signature soit considérée comme « valable », l’internaute doit nécessairement cocher une case attestant qu’il s’agit bien d’un citoyen britannique ou un résident du Royaume-Uni. Le nom, l’adresse mail, le pays puis le code postal doivent ensuite être renseignés. S’il semble logique qu’un grand nombre de partisans du maintien du pays au sein de l’UE soient favorables au projet d’un éventuel second référendum et aient signé la pétition, il n’est pas non plus inenvisageable que des citoyens britanniques mineurs, qui n’ont pas eu le droit de voter, aient également choisi de soutenir le texte. Sur les réseaux, plusieurs célébrités anglaises, comme le chanteur Mika, ont publiquement affiché leur participation à la pétition.

D’autres en revanche, qui ne sont ni Britanniques, ni résidents du Royaume-Uni, ont fait savoir qu’ils avaient signé le texte. Sur Twitter, un internaute s’est interrogé : « Je viens de signer la pétition pour un 2nd référendum #brexit #pétition depuis l’Australie (je ne suis pas Britannique), tout le monde peut le faire apparemment ? »

Une problématique qui a éveillé les soupçons d’une partie des pro-Brexit et d’une frange de l’extrême droite anglaise, mais pas seulement. Au sein même du comité en charge des pétitions au Parlement, des voix se sont élevées sur la légalité du procédé.

Des investigations en cours

Ce dimanche matin, le Huffington Post anglais révélait que des investigations étaient en cours pour déterminer si des signatures frauduleuses avaient été ajoutées. Les données collectées par le site du Parlement ( et disponibles en ligne) montrent effectivement que près de 39.000 signatures étaient issues du Vatican, or la population totale du pays n’excède pas 900 habitants. Autre exemple pointé par la députée Helen Jones, qui a annoncé le lancement d’une enquête, les 23.000 signatures originaires de Corée du Nord, pourtant en proie à une censure numérique extrêmement forte.

En fin d’après-midi ce dimanche, le comité en charge des pétitions au Parlement britannique a annoncé avoir retiré 77.000 signatures jugées « frauduleuses ».

Au-delà de toutes ces interrogations, et même si le chiffre des 10.000 signatures, en bonne et due forme, est dépassé, le Parlement n’a aucune obligation légale de se pencher sur la question. Le poids médiatique et la viralité du texte partagé des dizaines et des dizaines de fois sur les réseaux sociaux pourraient toutefois peser dans la balance. En janvier dernier, les parlementaires ont débattu pendant plus de trois heures sur une éventuelle interdiction de séjour de Donald Trump sur le territoire britannique. La pétition à l’origine de la discussion au Parlement avait recueilli à l’époque 586.935 signatures.