Censure : Comment Facebook mène la vie dure aux journalistes

CENSURE Le journaliste de RFI David Thomson a vu son compte Facebook se faire suspendre plusieurs jours à compter de mardi. Son cas est loin d’être isolé. Sur les derniers mois, plusieurs journalistes se sont plaints de la censure appliquée par le réseau social…

William Pereira

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Facebook a la censure facile.
Facebook a la censure facile. — MATHIEU PATTIER/SIPA

Facebook et les journalistes peuvent-ils s’entendre ? A première vue, cela paraît compliqué. Il faut dire que le réseau social de référence a la censure facile et que cette dernière est tout sauf l’amie du journaliste. Il n’est donc guère étonnant de constater que la suspension, pendant trois jours à compter de mardi dernier, du compte Facebook de David Thomson, journaliste et spécialiste du djihadisme pour le compte de RFI, ait été accompagnée d’une petite vague d’indignation sur Twitter, entre autres.

A l’origine du problème, et comme le montre le journaliste, une photo prise pendant un reportage en 2013 sur laquelle l’on peut apercevoir un drapeau de l’organisation Etat Islamique. Hélas pour David Thomson, il ne s’agit pas de la première punition du réseau social à son égard. Il lui avait, par exemple, précédemment été interdit d’envoyer le moindre message privé pendant sept jours. Contacté par Rue 89, le journaliste explique ne pas toujours saisir le motif de ces sanctions. C’est valable pour le dernier cas cité, pour lequel reporter de RFI, imagine, sans certitudes, avoir été privé de messages privés en raison de la présence de Larossi Abballa dans sa liste d’amis.

Le cas de David Thomson n’est pas isolé. Au début du mois de juin, le site de TV5 Monde faisait état de la censure du compte Facebook de la rédaction « Terriennes » - rattachée à TV5 Monde -, après que celui-ci a posté du contenu jugé inapproprié par le réseau. Le tort de la page Terriennes ? Avoir relayé un article sur la marche, seins nus, de femmes péruviennes militant pour le droit à l’avortement.

le 18 mai 2016, Médiapart déplorait, sur l’un des blogs hébergés par le site, s’être vu refuser la mise en avant sur Facebook d’un article dont l’objet était le témoignage un père de famille roué de coups par des policiers dans son propre appartement et devant son fils. La raison avancée par le réseau social est là encore la nudité, pour des raisons bien moins évidentes.

Mediapart a tenté, en vain, de sponsoriser sur Facebook le témoignage d'un homme battu par des policiers.
Mediapart a tenté, en vain, de sponsoriser sur Facebook le témoignage d'un homme battu par des policiers. - Capture d'écran (Médiapart)

 

Un peu plus tôt, au mois de mars, une journaliste et poète espagnole, Luna Miguel s’était vu supprimer définitivement son compte Facebook dix minutes après y avoir publié une image de la couverture de son livre, El dedo (« le doigt »), concernant la masturbation féminine et masculine. Facebook, qui a évoqué « des raisons de sécurité », a indigné l’auteure de par sa sévérité mais aussi sa réactivité. Compréhensible, surtout lorsqu’on sait qu’en janvier dernier, la plateforme avait laissé traîner la vidéo d’un viol pendant quasiment 24 heures parce que ses algorithmes estimaient que la vidéo « n’allait pas à l’encontre de nos standards. »

20 Minutes a tenté de contacter Facebook pour tenter de comprendre sur quelles bases – algorithmiques ou humaines – et sur quels critères s’opère la censure de comptes de journalistes, mais le service de communication de la firme américaine, n’était pas disponible dans l’immédiat.