Lancôme Hong Kong annule une artiste après des pressions de Pékin sur Weibo

RESEAUX SOCIAUX La filiale du groupe L’Oréal a annulé le concert d’une chanteuse hongkongaise engagée en faveur de la démocratie après des pressions sur le réseau social chinois Weibo…

A.-L.B.

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La chanteuse Denise Ho arrêtée par la police lors de l'évacuation du mouvement Occupy Hong Kong, le 11 décebre 2014.
La chanteuse Denise Ho arrêtée par la police lors de l'évacuation du mouvement Occupy Hong Kong, le 11 décebre 2014. — EYEPRESS/SIPA

Mieux vaut ne pas déplaire à Pékin pour faire des affaires en Chine. Lancôme à Hong Kong, filiale de L’Oréal, a annulé dimanche la représentation d’une pop star qu’elle soutenait jusqu’alors. La marque indique par ailleurs dans un communiqué qu’elle n’est pas le porte-parole de cette artiste, Denise Ho, qui lutte pour les libertés politiques à Hong Kong.

Selon la marque, l’annulation de ce concert intervient pour des « raisons de sécurité », rapporte ce lundi le South China Morning Post dans un article repéré par Rue89. Un argument repoussé par de nombreux observateurs, dont la chanteuse elle-même. En effet, Denise Ho lutte depuis plusieurs années contre le pouvoir de Pékin. En 2014, elle a été arrêtée pendant la «  Révolution des parapluies », un mouvement réclamant la fin de la main mise de la Chine continentale sur l’élection du chef de l’exécutif hongkongais. Et en mai 2016, la jeune femme a rencontré le dalaï-lama, chef du Tibet annexé en 1959 par la Chine, une personnalité honnie par Pékin.

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L’annulation de cet événement intervient après une campagne lancée par le quotidien chinois Global Times, publié par le parti communiste chinois. Le journal a en effet interrogé ses lecteurs sur le réseau Weibo, surnommé le « Twitter » chinois, sur le choix de Denise Ho par Lancôme. Des milliers d’internautes ont partagé le message du journal, appelant au boycott de la marque française. Face à ces pressions, la réaction de Lancôme n’a pas tardé, en annulant la représentation promotionnelle et en refusant de s’associer à ses idées politiques.

Dans un communiqué publié ce lundi sur son compte Facebook, Denise Ho exprime « ses profonds regrets » face à la réaction de la marque française, car, selon elle, cette « marque mondiale en est réduite à s’agenouiller devant un pouvoir hégémonique et intimidant ». Elle écrit encore : « En plus de réaliser des profits, les entreprises ont une responsabilité sociale. […] D’après ce que j’ai compris, la décision a été prise à la demande de la maison-mère de la marque, en France, et si cela est vrai, il me semble que cela mérite une explication. » Elle conclut son billet en appelant à cesser de « s’auto-censurer sous l’effet de la peur » pour être « plus libres ».

Cette histoire intervient dans un contexte de frictions entre Pékin et Hong Kong, l’ancienne colonie britannique revenue en 1997 sous l’autorité de la Chine continentale. Les réactions de Lancôme à Hong Kong ont été perçues par de nombreux Hongkongais comme une soumission de la marque à la Chine continentale, qui représente un marché incommensurable.

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Ces internautes ont manifesté leur colère sur les réseaux sociaux, appelant notamment au boycott de la marque française. Sur Facebook, le communiqué de presse de la marque a suscité plus de 24.000 commentaires, dont de nombreux négatifs. Parmi eux, un doigt d’honneur posté par Jessica Mak devant une publicité a recueilli plus de 3.000 « like » (des approbations).

Capture écran compte Facebook de Jessika Mak, 5 juin 2016.
Capture écran compte Facebook de Jessika Mak, 5 juin 2016. - Facebook/Jessica Mak

Denise Ho n’est pas la seule à connaître les foudres de Pékin. Selon le quotidienThe Straits Times en 2014, les artistes Anthony Wong Yiu Ming, Chapman To et la jeune femme ont été bannis de représentations en Chine après avoir rejoint les mouvements de protestation à Hong Kong.