En Malaisie, les policiers obèses incités à se mettre au régime et au sport

MONDE C’est la condition pour obtenir une promotion…

A.Ch. avec AFP

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Un policier malaisien obèse fait du sport pour perdre du poids.
Un policier malaisien obèse fait du sport pour perdre du poids. — MANAN VATSYAYANA/AFP

Mohamad Ra'ayim Jemahir est à bout de souffle et transpire à grosses gouttes. Comme les 11.000 autres policiers obèses de Malaisie, soit 10% des effectifs de la police,  il fait tout pour maigrir. Pas pour séduire les filles, mais parce que leur hiérarchie les incite à perdre du poids par souci d'efficacité, mais aussi pour obtenir des promotions.

Un programme de remise en forme à Kuala Lumpur

Depuis janvier, les agents obèses ont été prévenus qu’ils devaient perdre du poids pour pouvoir monter en grade. Un programme de remise en forme, basé sur le volontariat, a été lancé à Kuala Lumpur pour lutter contre la baisse de la productivité des agents en surpoids et l’absentéisme lié à leur obésité, qui peut entraîner des complications médicales. Déjà gangrenée par la corruption, la police malaisienne pâtit aussi de l’image peu dynamique donnée par des policiers en surpoids.

« En 2015, environ 200 agents ont succombé à des maladies telles que des attaques cardiaques et le diabète », observe le directeur du management de la police, Zulkifli Abdullah. En moyenne, 560 agents sont en arrêt maladie chaque jour, ce qui a entraîné une perte de productivité de 38 millions de ringgit (8,4 millions d'euros) au cours des quatre dernières années, a calculé Zulkifli.

« J'ai honte de mon poids »

Dans la salle de sport, une trentaine de policiers viennent chaque jour faire du sport et s'efforcent de ne pas manger plus de 2.000 calories par jour. Leur objectif est de perdre 10% de leur poids sur six mois, soit environ 10 kilos pour Ra'ayim. Mais lui voit plus loin : il veut perdre 16 kilos et retrouver la forme. C’est surtout dans l’assiette que se trouve son problème : « Avant, je mangeais sans faire attention. J'avais envie de manger chaque fois que je voyais de la nourriture. Mais maintenant, je mange quand il faut », raconte l’homme de 40 ans.

La jeune femme qui s’exerce aussi dans la salle de sports a 28 ans. Suresh Mariah peine à plier ses genoux et à accomplir des exercices de saut. Elle pèse 111 kilos et raconte avoir pris beaucoup de poids après une déchirure du ligament d'un genou il y a quelques années, mais aussi en raison de sa gourmandise, notamment son goût pour le plat national malaisien, le nasi lemak, du riz bouilli dans du lait de coco et servi avec un oeuf au plat, des anchois séchés et des cacahuètes rôties. Suresh veut perdre 20 kilos pour son mariage, qui aura lieu en mars. « J'ai honte de mon poids », dit-elle, ajoutant que son apparence physique a « choqué » sa famille et ses amis.

L a moitié des Malaisiens en surpoids

Il n’y a toutefois pas que les policiers qui devraient se mettre à la diète : des experts de santé ont mis en garde contre une « épidémie » d'obésité en Malaisie, où près de la moitié de la population est en surpoids, selon de récentes études. Les recettes nationales sont riches en calories : riz et nouilles bouillis dans l'huile, poulet frit, currys à base de lait de coco… Zulkifli Abdullah estime que les policiers devraient montrer le bon exemple. Un policier en surpoids est un agent qui manque de « discipline », dit-il. « Les agents de police doivent être présentables. Nous devons courir et procéder à des arrestations. Je ne pense pas qu'un officier obèse peut être aussi productif qu'un agent en bonne forme. »