Pour le climat, François Hollande mange des déchets

ECOLOGIE Un repas fait de produits habituellement non consommés a été servi aux dirigeants du monde aux Nations unies ce dimanche…

A.Ch. avec AFP

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Le président français François Hollande au siège des Nations Unies à New York, le 27 septembre 2015
Le président français François Hollande au siège des Nations Unies à New York, le 27 septembre 2015 — ALAIN JOCARD AFP

Ils sont plutôt habitués aux petits plats mitonnés par de grands chefs. Mais ce dimanche, les dirigeants du monde réunis aux Nations unies pour un sommet sur le développement ont mangé un repas composé de déchets alimentaires. Au menu : un hamburger végétarien fait à partir de pulpe de fruits pressés accompagné de frites de maïs riche en amidon qui sert normalement à nourrir les animaux. Les deux chefs qui officiaient voulaient ainsi souligner l’impact du gaspillage alimentaire dans le changement climatique.

3,3 milliards de tonnes de carbone par an

« C’est le repas typique américain, mais complètement bouleversé. Au lieu du bœuf, nous allons manger le maïs qui nourrit le bœuf », a expliqué à l’AFP Dan Barber, un chef new-yorkais qui possède le restaurant Blue Hill. « Le défi est de créer quelque chose de vraiment délicieux, à partir de ce que nous aurions autrement jeté », a-t-il ajouté. Dan Barber, qui a ouvert un restaurant éphémère à New York basé sur des déchets alimentaires, avait conçu le menu avec Sam Kass, ancien chef de la Maison Blanche, qui était à la tête de la campagne anti-obésité « Bougeons » de la Première dame Michelle Obama.

Selon des chiffres de l’ONU, 28 % des terres agricoles dans le monde servent à produire de la nourriture qui est jetée ou gâchée. Les pertes chaque année sont équivalentes à 3,3 milliards de tonnes carbone, ce qui, si les déchets alimentaires étaient un pays, en feraient le plus gros émetteur après la Chine et les États-Unis. Ce gaspillage est encore plus important aux États-Unis, qui ont de grandes ressources agricoles. « C’est juste impensable, l’inefficacité de notre système, quand vous pensez à quelque chose de cette magnitude », estime Sam Kass.

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Pas de culpabilisation mais de « l’hédonisme »

Dan Barber espère que des événements comme ce déjeuner pour les chefs d’État feront graduellement évoluer la culture alimentaire. « Le but à long terme serait de ne plus (pouvoir faire) un repas à partir de déchets », juge le chef. « Vous n’y arrivez pas en faisant la leçon, vous le faites par hédonisme, en préparant à ces dirigeants un repas délicieux, qui les fera réfléchir et passer le mot », conclut-il.

Des dizaines de dirigeants mondiaux ont participé à ce déjeuner, co-présidé par les présidents français François Hollande et péruvien Ollanta Humala, dans le cadre du sommet sur le développement organisé sur trois jours aux Nations unies à New York. « L’idée d’un repas à base de déchets n’aurait pas pu exister au 18e siècle », estime Dan Barber. « La conception d’une assiette de nourriture dans le monde occidental génère beaucoup de gaspillage parce que nous avons les moyens de ce gaspillage », ajoute-t-il.