VIDEO. Des tutos beauté pour lutter contre la vente libre d'acide en Inde

CAMPAGNE Reshma, une jeune Indienne défigurée par une attaque à l'acide en 2014, montre dans deux vidéos comment «appliquer un trait d'eyeliner en une étape»...

Bérénice Dubuc

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Capture d'écran de l'un des deux tutoriels «Beauty tips by Reshma» diffusées par le mouvement «Make love not scars» pour interdire la vente libre d'acide en Inde.
Capture d'écran de l'un des deux tutoriels «Beauty tips by Reshma» diffusées par le mouvement «Make love not scars» pour interdire la vente libre d'acide en Inde. — YouTube/ Make Love Not Scars

Des tutoriels de maquillage un peu particuliers. Le mouvement Make love not scars (Faites l’amour, pas des cicatrices) diffuse depuis lundi deux vidéos pour apprendre aux internautes à se maquiller sur YouTube.

On y voit Reshma, une jeune Indienne, montrer comment « appliquer un trait d’eyeliner en une étape » et comment se faire « de parfaites lèvres rouges ». Mais Reshma a une particularité : en mai 2014, son beau-frère lui a jeté de l’acide sulfurique au visage alors qu’elle était en visite chez sa soeur à Allahabad pour passer un examen. Elle a perdu son œil gauche, son œil droit est à moitié fermé et elle a souffert de brûlures sévères qui l’ont défigurée.

« Chaque jour, une femme est victime d’une attaque à l’acide »

Son « conseil le plus important » est donc dans chaque vidéo de dénoncer la facilité avec laquelle tout un chacun peut se procurer de l’acide en Inde. Elle indique ainsi qu’un eyeliner coûte 100 roupies (1,34 euro), alors que l’on peut acheter de l’acide concentré pour seulement 30 roupies (0,40 euro). « Sur le marché, vous trouverez un rouge à lèvres rouge aussi facilement que de l’acide concentré », indique-t-elle dans l’autre tutoriel.

Elle ajoute que cette facilité d’acheter ce produit est la raison pour laquelle « chaque jour, une femme est victime d’une attaque à l’acide » dans son pays. Ces vidéos font en fait partie de la campagne #Endacidsale (#Arrêtezlaventedacide) de Make love not scars, qui invite les internautes à signer une pétition demandant l’interdiction de la commercialisation de l’acide au grand public, adressée au Premier ministre indien, au ministre de l’Intérieur et aux ministres en chef (chefs du gouvernement) des 29 Etats et 2 territoires unifiés du pays.

Hausse de 250 % des attaques entre 2012 et 2014

Le texte souligne qu'« en Inde, 1.000 cas d’attaques à l’acide sont recensés chaque année », un chiffre qui a augmenté de 250 % entre 2012 et 2014. « C’est l’une des violences faites aux femmes les plus horribles », continue la pétition, qui précise qu'« au moins 90 % des victimes sont des femmes ». Et d’appeler « immédiatement » les destinataires de la pétition à « prendre des mesures » pour restreindre la vente d’acide au grand public.

« La souffrance engendrée par une attaque à l’acide est inimaginable, peut-on lire sur la page de la pétition. Les victimes en subissent les conséquences traumatisantes (…). Nous devons nous unir pour en finir avec cette injustice une fois pour toutes. Signez cette pétition pour interdire la vente d’acide au grand public, qui n’en a aucune utilité. L’acide n’a rien à faire dans les maisons, dans les écoles ou dans les hôpitaux. Il existe de nombreuses alternatives et des méthodes plus sûres pour nettoyer, et il est temps de faire savoir à notre gouvernement que nous n’accepterons plus que l’acide soit si facilement vendu ».