Oussama ben Laden avait Enrico Macias dans sa playlist

MELOMANE Une collection de quelque 1.500 cassettes a été découverte lorsque le leader d'Al-Qaida a quitté l'Afghanistan...

B.D.

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Capture d'écran d'une émission d'Al-Jazeera montrant Oussama ben Laden au mariage de son fils, le 9 janvier 2001 à Kandahar, en Afghanistan.
Capture d'écran d'une émission d'Al-Jazeera montrant Oussama ben Laden au mariage de son fils, le 9 janvier 2001 à Kandahar, en Afghanistan. — AP/SIPA

Entre 1997 et 2001, Oussama ben Laden a vécu à Kandahar, en Afghanistan. Lors de l’invasion américaine, plusieurs lieux où il séjournait ont été évacués en urgence. Dans l’un d’eux, quelque 1.500 cassettes ont été découvertes, rapporte la BBC, qui donne la parole au seul homme à les avoir toutes écoutées.

Flagg Miller, expert en littérature et en culture arabe à l’université de Californie à Davis, a été embauché par l’Afghan Media Project du Williams College, en 2003. Il a alors reçu deux cartons poussiéreux et pleins à ras bord de cette collection unique, qui va de la fin des années 1960 jusqu’à 2001.

Discours, sermons, conversations et chants islamiques

Dans son livre, The Audacious Ascetic, What the Bin Laden Tapes Reveal About Al-Qa'ida (L’ascète audacieux, Ce que les cassettes de Ben Laden révèlent d'Al-Qaida), Flagg Miller explique que la collection comprend des discours prononcés par Ben Laden lui-même, des sermons, des enregistrements de conversations de moudjahiddins qui combattaient les Soviétiques en Afghanistan à la fin des années 1980 - au total, plus de 200 orateurs différents ont été enregistrés -, ou encore des chants islamiques, pain béni pour les recruteurs.

« Ces chansons ont un impact émotionnel, elles amènent dans la vie civile le combat que beaucoup ne font que voir à la télévision. Il y a quelque chose d’intime à les entendre dans ses écouteurs car elles jouent vraiment sur votre imagination », indique le spécialiste.

Incongruités

Côté musique occidentale, le leader d’Al-Qaida semblait ne pas goûter la pop anglo-saxonne, mais il appréciait visiblement Gaston Ghrenassia, plus connu par chez nous sous le pseudonyme d’Enrico Macias. « Selon moi, cette collection de chansons françaises montre la diversité des langues que parlaient ces arabes afghans de Kandahar, et leur expérience du monde », explique Miller qui rappelle que « beaucoup avaient vécu en Occident pendant de longues périodes ».

Contacté par FranceTV Info, Enrico Macias se dit « surpris » et « gêné » par cette curieuse découverte. « L’homme responsable des attentats du 11-septembre qui écoute celui qui chante Enfants de tous pays, ce serait bizarre », a réagi le chanteur.

Autre incongruité dans la collection d'Oussama ben Laden : le nom du Mahatma Gandhi, cité comme une source d’inspiration dans un discours de septembre 1993. Il explique comment Gandhi a réussi à faire quitter l’Inde à la Grande-Bretagne en appelant au boycott de ses produits. Ben Laden poursuit ce discours en appelant à faire de même l’égard des Etats-Unis. Car, ce n’est qu’à partir de 1996 qu’il commence à appeler à commettre des actions violentes à l’encontre des Etats-Unis et de leurs alliés occidentaux, note Miller. « Le premier ennemi d’Al-Qaida dans tous ces enregistrements, ce sont les leaders musulmans », souligne-t-il encore.