Le chirurgien qui veut greffer une tête humaine cherche des fonds

SCIENCES L'Italien a été accueilli avec scepticisme par ses confrères lors d'une conférence médicale vendredi...

T.L.G. avec AFP

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Boris Karloff dans Frankenstein de 1931.
Boris Karloff dans Frankenstein de 1931. — Anonymous/AP/SIPA

Le projet d'un neurochirurgien italien de réaliser la première greffe de tête humaine a été accueilli avec scepticisme par ses confrères lors d'une conférence médicale vendredi aux Etats-Unis, où il a lancé un appel aux donateurs.

Le Dr Sergio Canavero, directeur du Groupe de neuromodulation avancée de Turin, avait annoncé son projet fin 2013, estimant alors qu'une telle intervention pourrait être possible dans les deux ans, soit en 2016. Mais vendredi, sa présentation de deux heures et demie devant la conférence de l'American Academy of Neurological and Orthopaedic Surgeons (AANOS) n'a guère convaincu, tant les obstacles paraissent multiples.

Un Russe volontaire

Parmi les 150 participants, se trouvait le premier volontaire pour cette greffe, un Russe de 30 ans, Valery Spiridonov, atteint de la maladie de Werdnig-Hoffmann qui se caractérise par une atrophie progressive incurable des muscles. C'était la première rencontre entre les deux hommes.

Invité à prononcer le discours d'ouverture de la Conférence, le Dr Canavero a longuement décrit comment il comptait ressouder la moelle épinière sectionnée, point crucial d'une telle chirurgie, citant des avancées dans la recherche, surtout animale.

Selon lui, le secret est une lame extrêmement fine permettant de trancher les fibres nerveuses sans les émousser. Il compte aussi utiliser du polyéthylène glycol, une substance chimique courante, et un courant électrique pour accélérer leur rattachement.

Mais il a à peine survolé les autres problèmes majeurs comme le rétablissement rapide de la circulation sanguine dans le cerveau et les branchements du système nerveux parasympathique, une composante clé des fonctions automatiques de l'organisme.

De «faux espoirs»

Jerry Silver, professeur de neurologie à l'Université Case Western, affirme que la technique pour ressouder la moelle épinière décrite par le Dr Canavero n'a jamais été vraiment testée. «Nous ne sommes même pas près de le faire», selon lui.

Art Caplan, un bioéthicien du Centre médical Langone à New York, s'interroge dans un récent éditorial sur le fait de savoir pourquoi ce neurologue italien qui prétend maîtriser la réparation des moelles épinières ne traite pas d'abord les milliers de patients paralysés dans le monde pour qui la médecine est toujours impuissante.

«Si quelqu'un savait faire ce qu'il prétend pouvoir faire nous l'aurions déjà démontré dans des expériences animales et ces recherches auraient été publiées dans des revues scientifiques sérieuses», ajoute Art Caplan selon qui ce chercheur donne de faux espoirs.

Et même si une telle greffe était possible, il faudrait utiliser tellement de médicaments pour empêcher un rejet de l'organe que le patient ne pourrait pas survivre bien longtemps. Ces traitements sont toxiques à hautes doses, explique le Dr Kaplan.