C’est en 1610 que les hommes ont pris le contrôle de la planète

PLANETE C’est à cette date que l’ère de «l’Anthropocène» aurait commencé…

A.Ch.

— 

Un globe-terrestre exposé lors de la conférence sur le climat de Copenhague, le 19 décembre 2009
Un globe-terrestre exposé lors de la conférence sur le climat de Copenhague, le 19 décembre 2009 — Adrian Dennis AFP

Quand les hommes ont-ils commencé à prendre le contrôle de la planète? L’Anthropocène, cette nouvelle ère géologique marquée par l’accélération des émissions de gaz à effet de serre, aurait commencé en 1610, selon des chercheurs britanniques. Dans une étude parue dans Nature, les scientifiques ont cherché le marqueur de l’entrée dans cette nouvelle ère. Alors qu’auparavant, les ères géologiques étaient délimitées par des événements naturels du type chutes de météorites, éruptions volcaniques ou dérive des continents, le début de l’Anthropocène était difficile à dater.

Les espèces ont changé de continent

Deux années pouvaient apporter des preuves tangibles de modificiation de l’environnement par l’homme: 1610, quand la découverte de l’Amérique par les Européens a commencé à se faire sentir sur la planète, et 1964, quand les premières retombées radioactives ont été mesurées. C’est la première date qui a été retenue par les chercheurs: la découverte de l’Amérique en 1492 a été suivie d’une intensification du commerce avec l’Europe et de transferts de végétaux et d’animaux entre les deux continents. «L’Anthropocène a probablement commencé quand les espèces ont changé de continent, au moment où l’Ancien monde a rencontré le Nouveau, explique Simon Lewis, un des auteurs de l’étude. Historiquement, la rencontre entre ces deux mondes marque le début du monde moderne.»

Chute du niveau de CO2

Pour étayer leurs recherches, les scientifiques ont recherché un marqueur physique de ces changements. En étudiant des carottes de glace de l’Antarctique, ils ont pu noter une inflexion des niveaux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère vers l’année 1610. Ainsi, paradoxalement, l’ère de l’Anthropocène a commencé avec une baisse du niveau de CO2: les scientifiques expliquent que la mort d’environ 50 millions d’indigènes en Amérique du Sud du fait de la colonisation par les Européens s’est traduite par la fin du pastoralisme et donc le retour de la couverture forestière. Tous les arbres qui ont repoussé ont absorbé assez de CO2 pour provoquer cette chute observable dans les glaces.

«Dans des centaines de milliers d’années, les scientifiques regarderont les archives environnementales et sauront que quelque chose de remarquable s’est produit dans la seconde moitié du deuxième millénaire. Ils n’auront aucun doute sur le fait que ces changements ont été causés par leur propre espèce», estime Simon Lewis. Développé par le géochimiste néo-zélandais Paul Crutzen, le concept de l’Anthropocène a été repris par de nombreux scientifiques pour qualifier l’époque actuelle, dans laquelle l’homme est devenu «l’agent déterminant» de la vie sur Terre.